I LIKE TRAINS The Shallows / La Maroquinerie

En tant que passionnée de post-rock instrumental, j’aime la musique sans voix. Mais il est des voix qui parviennent à me transporter autant, si ce n’est encore plus, qu’un morceau de post-rock instrumental. Ce genre de voix qui soulève les tripes et donne une ampleur particulière aux instruments, comme si elle était elle-même un instrument supplémentaire, confondu avec le son des claviers et des guitares, fondu parfaitement en eux. Pas une mélodie en plus, la même mélodie, formant un ensemble parfait.

La voix d’I Like Trains est une de ces voix qui me transportent. Elle se fond telle un accord parfait avec une musique puissante, grave et belle.

I Like Trains, c’est sombre, c’est triste, c’est beau.

Ce groupe au nom étrange, formé à Leeds, versé avant tout dans le post-rock et dont le premier EP paraît en 2006, m’accompagne lors des voyages et des soirées où mon esprit plonge dans les abîmes des souvenirs et les tourments de la mélancolie…

Un groupe sombre, qui m’enivre et m’étourdit.

I Like Trains ce sont aussi bien des titres d’un post-rock atmosphérique aux mélodies délicates, que d’un rock sombre teinté de new-wave, paré d’une voix caverneuse qui nous entraîne dans de savoureuses descentes aux enfers… La voix de baryton de Dave Martin offre des lamentations désespérées qui suivent sur certains titres les montées en puissance et les apogées sonores des meilleurs groupes de post-rock.

Par moments, leurs morceaux me rappellent ce que j’aime chez Joy Division, Interpol ou encore The National. Je suis charmée par les mélodies envoûtantes de ces compositions noires et habilement construites, qui savent faire sombrer aussi bien qu’élever avec force.

The Shallows est leur dernier album, paru au printemps. Il m’a accompagnée partout cet été, en voyage, dans l’avion, dans le train, le bus, quand les paysages défilent sous mes yeux et que mon esprit vagabonde. Car ces neuf morceaux, tout comme ceux de leurs opus précédents, se prêtent aux divagations des pensées, à la mélancolie, au rêve.

C’est toujours profond et savamment construit.

Sur scène, alliant aussi bien l’art sonore que visuel, leurs prestations sont complétées de projections vidéos à l’image de leur musique, sombres, quelque peu déroutantes, et étranges.

Je rentre tout juste d’une de ces soirées où le temps s’arrête, suspend son vol un instant pour nous toucher par la grâce. C’était mon deuxième concert d’I Like Trains.

La dernière fois, à La Flèche d’Or, je leur avais acheté un tee-shirt, un tee-shirt rouge qui m’avait valu de rire avec le chanteur : « I would like the « rouge » tee-shirt » avais-je dit… troublée par l’émotion de me retrouver face à ce grand barbu dont la voix me donne des frissons… Nous avions échangé quelques mots et j’avais été conquise par le charme et la simplicité des ces musiciens aussi adorables que talentueux.

Cette fois, c’était dans la jolie petite salle en demi-cercle de La Maroquinerie, par une froide journée de début d’hiver. Emmitouflée dans mon grand gilet noir, je me poste comme toujours en fond de salle, en hauteur, pour surplomber la petite audience amassée devant en contrebas, et je prépare mes oreilles à retrouver cette voix que j’aime tant.

Le groupe semble long à régler ses instruments et pas vraiment dans son assiette. L’ingénieur du son et le responsable des lumières s’impatientent et s’agacent un peu. J’en profite pour me glisser derrière la table de réglages et prendre en photo la setlist du concert à venir… Je balaye du regard la liste des morceaux et j’aperçois avec joie Terra Nova, un de leur premiers titres et mon préféré : il ne m’en faut pas plus pour entamer ce concert dans les meilleures dispositions qui soient.

Et je ne vais pas être déçue.

Les premières notes de Beacons, premier titre de leur dernier album, résonnent enfin. Le son n’est pas optimal et ce premier morceau sert un peu d’échauffement au groupe et de base pour les derniers réglages sonores.

Puis la voix se pose, la chaleur envahit la salle et le son se fait plus assuré, plus puissant.

Entre deux titres, le chanteur explique qu’ils ont eu une très dure journée, mais qu’ils nous en diront plus plus tard… et la musique reprend, sans perdre de son souffle grave et mélancolique.
Quelques morceaux plus tard, We Saw The Deep emplit la salle pour le plus grand bonheur d’une audience complètement conquise. Je ne l’avais pas vu sur la setlist, parcourue trop vite, et je suis surprise et ravie de l’entendre. Des images d’immeubles qui s’effondrent et de monde apocalyptique accompagnent en toile de fond ce morceau dont l’aspect sombre contraste avec une merveilleuse envolée pleine d’espoir évoluant au fur et à mesure que se déroule la mélodie pour trouver son apogée dans des cœurs et un final qui emportent les esprits.

Je continue de me laisser porter par ces moments intenses, et les titres s’enchaînent jusqu’à celui que j’attendais depuis le début : Terra Nova. D’autres que moi l’attendaient aussi car des cris se font entendre ici et là parmi l’audience. La salle, comme le groupe, semble en transe, le morceau est ample et magnifique. Le live le transfigure complètement. C’est une explosion d’émotions qui me font monter les larmes aux yeux. Je les ferme par moments pour mieux sentir les vibrations des basses, les tambourinements de batterie et cette voix puissante qui m’enivre.

La salle crie et applaudit avec force la fin de ce morceau magistral, et le chanteur, ému et heureux, de dire « We should play this more often », comme s’il réalisait à quel point ce titre fait du bien, autant de bien à entendre qu’à jouer.

Il nous raconte alors leur longue et affreuse journée, passée depuis l’aube sur le ferry venant de Grande Bretagne, bloqué à cause d’une tempête. Puis les bouchons parisiens, et leur arrivée précipitée à La Maroquinerie, alors que les premiers spectateurs sont déjà là… D’où le cafouillage de réglages au début, et le retard du concert. Mais cette soirée rattrape tout et leur joie d’être là pour un public aussi conquis leur fait oublier ces mésaventures.

Le concert s’achève mais la salle en demande encore, jamais assez rassasiée de ces instants de pure beauté. Les cinq membres du show reviennent. La salle crie des noms de morceaux pas encore joués, et le chanteur de répondre : « Thank you but no, we’ve already choose what we’ll play, and this is not this one ». D’autres titres fusent… : « No, not this one »… Je pense « Progress Is A Snake »… quelqu’un d’autre que moi le demande, mais « No, not this one »… Je pense « Sea Of Regrets », mais la salle se tait pour laisser démarrer le morceau. Et c’est ça ! C’est Sea Of Regrets ! Ils ont lu dans mes pensées, c’est la seule explication.

Bonheur absolu d’entendre ce titre que j’adore en rappel. Apothéose qui vient clore une soirée magique, dont tout mon être se souviendra longtemps.

Setlist de la soirée :

… … …

Mon top 3 du concert :

Terra Nova (« Progress Reform », EP, 2006) :

Sea Of Regrets (« He Who Saw The Deep », 2010) :

We Saw The Deep (« He Who Saw The Deep », 2010) :

Discographie :

  • Progress Reform (EP) (2006)
  • Elegies to Lessons Learnt (2007)
  • The Christmas Tree Ship (EP instrumental) (2008)
  • He Who Saw The Deep (2010)
  • The Shallows (2012)

Site officiel : http://www.iliketrains.co.uk/

A bientôt pour, je l’espère, un autre moment de grâce,

Totoromoon

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7 réflexions sur “I LIKE TRAINS The Shallows / La Maroquinerie

  1. Waouh, j’en reste sans voix… c’est sublimement bien écrit, bien retranscrit et j’avoue que si je n’avais été présente, et bien en te lisant j’aurais eu l’impression d’y être et de m’y voir et surtout de ressentir toutes ces émotions qui t’ont traversé
    bisous

    • Merci beaucoup ! J’ai trouvé la première partie intéressante, avec un côté brut et du caractère, mais elle manquait un peu d’émotions à mon goût… un groupe à suivre et à revoir peut-être dans quelques temps ?

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