MONO For My Parents / La Maroquinerie

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Mono est un groupe de post-rock japonais, formé à Tokyo en 2000. Un des très grands noms de la scène post-rock internationale, leaders du genre aux côtés de Godspeed You Black Emperor ou encore de mes chouchoux indétrônables d’Explosions In The Sky.

Le son de Mono, toutefois, est particulier. Il n’y a pas l’âpreté rugueuse et fougueuse que l’on aime chez Godspeed, il n’y a pas la poésie, la chaleur et l’intensité des émotions d’Explosions In The Sky, mais il y a le romantisme et les belles mélodies, douces mais aussi parfois brutes, sauvages. Les formations de base de post-rock, composées de guitares, basse et batterie dominent, mais le groupe adjoint régulièrement des orchestres philarmoniques à la réalisation de ses morceaux, les violons accompagnant par endroits ces mélodies entêtantes dans de longs mouvements qui savent être aussi bien atmosphériques que plein de rage.

Mono, c’est une sorte de féérie lyrique à l’état pur.

Les guitares sont claires ou saturées, les violons intenses et grandiloquents, les sons s’étirent dans de longues épopées savoureuses.

La forte influence classique du groupe, et l’orientation symphonique de leurs derniers albums et notamment d’« Hymn To The Immortal Wind » est confirmée sur ce nouvel opus paru à la fin de cet été, intitulé « For My Parents ». Toute la famille des cordes y est représentée, qu’il s’agisse des violons, des guitares ou du piano, et les percussions s’y allient avec force. Enregistré avec The Wordless Music Orchestra, déjà présent sur le DVD live du groupe sorti il y a deux ans à l’occasion de leurs dix ans de carrière, cet opus romantique s’écoute comme une majestueuse symphonie, tout en nuances et en subtilités.

J’ai lu beaucoup d’avis divergents sur cet album, et je suis assez d’accord avec ceux qui l’ont critiqué en disant que le groupe ne se renouvelle en rien sur ces 5 titres où l’on a cette sensation étrange de déjà-entendu par rapport au magnifique « Hymn To The Immortal Wind ». Qui plus est, l’omniprésence des violons étouffe par moments l’énergie post-rock rageuse et spontanée que l’on aime sur leurs premiers albums, et notamment sur celui qui demeure à ce jour mon préféré, « One Step More And You Die ». Toutefois, le talent d’écriture de Mono est bien toujours là, et la technique instrumentale est irréprochable. L’écriture est sensible et les mélodies finement composées sont réellement belles. Si vous aimez le post-rock et la musique classique, elles parviendront sans conteste à vous emporter.

Legend, titre d’ouverture de l’album, nous immerge immédiatement dans cet univers aux mélodies grandioses et, quoi qu’on en dise, sublimes. Les quatre titres suivants arrivent à former un tout se déroulant de manière naturelle, si ce n’est originale, jusqu’au dramatique final d’A Quiet Place.

« For My Parents » est bien un album intense, moins intense et avec moins de relief peut-être que le précédent, mais réellement séduisant. S’il est marqué par le tournent orchestral pris par le groupe depuis quelques années, qu’on aime ou qu’on n’aime pas, on ne peut toutefois pas dire que les compositions ne soient pas toujours aussi magistralement maîtrisées et réalisées. Il ne reste qu’à se laisser aller à lâcher prise, à fermer les yeux et à savourer ce voyage au pays d’un imaginaire mélancolique.

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Dimanche soir, c’était mon premier concert de Mono. Toute grande amatrice de post-rock que je suis, je n’avais encore jamais réussi à les voir jouer, deux éléments ayant concouru à cela : tout d’abord, des contraintes purement techniques de calendrier, mais aussi et surtout une réputation assez mitigée du groupe en live qui me refroidissait légèrement.

Mais nous voilà donc dimanche, mon petit haut léopard et moi, dans cette Maroquinerie bondée, à attendre de vivre ce moment et de me faire enfin ma propre idée.

Après une longue introduction musicale sur une scène vide, le quatuor prend place. Là, on m’avait prévenue, il s’exprime uniquement a travers sa musique. Et c’est vrai : pas un mot, à peine un regard pour son public. La musique doit parler d’elle-même, et le groupe en est habité. Les deux guitaristes, assis sur de petits tabourets, sont littéralement voûtés sur leurs instruments, ne laissant paraître que deux masses de cheveux raides et longs, tandis que la bassiste se dresse entre eux, visage fermé, debout au milieu de la scène, devant un percussionniste au faciès grave et imposant. Ce côté très froid est assez dérangeant pour moi qui aime les groupes plus chaleureux avec leurs fans. Etant moi-même de nature plutôt réservée, je ne suis pas forcément pour les grands discours, mais les quelques mots bredouillés en français au début des concerts d’Explosions In The Sky par exemple, avec leurs remerciements timides et émus me font toujours fondre. Même Interpol a appris avec le temps à saluer et à remercier son public, alors si le groupe new yorkais le plus froid qui soit y arrive, tout le monde peut le faire, non ? Bref, ici, rien de cela : un set bien calibré fait exclusivement de titres des deux derniers albums, titres joués avec une maîtrise technique parfaite, mais sans la chaleur qui ajoute ce petit « plus » qui réchauffe le cœur.

Malgré tout, soyons honnête, les mélodies sont magnifiques, les percussions avec l’énorme gong en métal doré font vibrer toute la salle et le tout est brillamment composé et interprété. Et, même s’il me manque incontestablement ce petit je-ne-sais-quoi de jaillissement d’émotion qu’ont certains groupes qui arrivent à me faire monter les larmes aux yeux à chacune de leurs prestations, je me laisse tout de même aller, je ferme les yeux, ne vois plus la scène et me laisse emporter par la musique.

Une heure trente plus tard, Mono quitte la scène, toujours sans un mot, saluant d’un léger signe de tête son auditoire et laissant flotter les dernières notes de ses mélodies dans les esprits d’une audience sage et attentive.

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Tracklist de For My Parents :

  • Legend
  • Nostalgia
  • Dream Odyssey
  • Unseen Harbor
  • A Quiet Place (Together We Go)

… … .. .

Setlist du concert, La Maroquinerie 09/12/2012 :

  • Legend
  • Nostalgia
  • Dream Odyssey
  • Pure As Snow
  • Follow The Map
  • Unseen Harbor
  • Ashes In The Snow
  • Everlasting Light

… … …

Voici quelques titres entendus ce dimanche :

Legend, avec une superbe vidéo officielle faisant défiler des images d’Islande :

Dream Odyssey, bel enregistrement live :

Pure As Snow, filmé dimanche par un spectateur de La Maroquinerie beaucoup mieux placé que moi :

Follow The Map, un titre symphonique qui n’est pas sans rappeler les compositions de Joe Hisaichi pour les films de Miyazaki :

… … …

Et en bonus, deux titres de l’album qui reste mon favori du groupe, « One Step More And You Die », paru en 2002 :

Com (?), un titre explosif, plein de cette émotion brute qui me manque un peu sur leurs derniers opus :

Et l’envoûtant et sauvage Halo :

… … …

Discographie :

  • Hey, You (EP, 2000)
  • Under the Pipal Tree (LP, 2001)
  • One Step More and You Die (LP, 2002)
  • New York Soundtracks (Remix album of One Step More and You Die, 2004)
  • Walking Cloud and Deep Red Sky, Flag Fluttered and the Sun Shined (LP, 2004)
  • Palmless Prayer / Mass Murder Refrain (LP, 2005)
  • You Are There (LP, 2206)
  • Gone : A Collection of EPs 2000-2007
  • Hymn to The immortal Wind (LP, 2009)
  • Holy Ground : NYC Live (2010)
  • For My Parents (LP, 2012)

Site officiel : http://www.monoishere.com/

Totoromoon

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11 réflexions sur “MONO For My Parents / La Maroquinerie

  1. ah, moi j’aime qu’on groupe ne joue pas au jeu du rappel. C’est devenu tellement commun que ça n’a plus de sens. il est même parfois annoncé!… et puis ne rien dire comme ils le font, ça entretient une sorte de mythe. j’aime beaucoup leur côté froid qui colle finalement très bien à leur musique qui est loin d’être chaleurseuse elle aussi.

    Bref, sinon concert très correct effectivement, mais nettement en dessous de celui de l’an dernier. principalement du fait de la setlist. quand elle contient « Burial at Sea » et surtout « Yearning », l’intensité n’est pas la même! C’est vraiment ce qui a manqué dans ce concert. les nouvelles chansons sont jolies, mais passent moins bien en concert. C’est dommage. C’est mignon, quoi. Le concert de Mono à la Machine l’an dernier était vraiment le meilleur concert auquel j’ai pu assister. l’intensité était incroyable, le son parfait. « Yearning » est le truc le plus incroyable que j’ai pu voir en live.

    Et blueneck… au secours haha. Quel ennui. Post rock sans intéret avec des chansons trop identiques adoptant toujours la même structure. Totalement cliché. Et les intros chant/piano étaient assez insuportables! Et pour couronner le tout, l’ingé son s’est bien planté en oubliant litéralement le guitariste rythmique pendant une grosse moitié de leur set!! Il avait l’air d’avoir son retour, mais nous rien. Et globalement la balance était très mauvaise. Tout cela n’a pas arrangé grand chose à la qualité discutable des compositions.

    • Je ne suis pas une acharnée des rappels non plus, il y a même certains groupes pour lesquels l’absence de rappel se justifie totalement, et ils l’expliquent même en général (c’est comme si on demandait un rappel après une symphonie ou un opéra). Toutefois, je ne trouve pas chez Mono qu’elle soit justifiée (ils sortent de scène, reviennent, ne font pas d’enchaînement entre les morceaux…), je trouve juste que cela ajoute à leur côté mutique et sans aucune chaleur pour leur public. C’est très beau, mais très froid et, je suis d’accord, ils sont à l’image de leur musique. Alors voilà, j’ai beau trouver ça vraiment réellement beau, il me manque quelque chose : ce quelque chose que je ressens à chacun des concerts d’Explosions, et que j’ai aussi pu ressentir pour Mogwai et Sigur Ros (et plus récemment pour Caspian), ce jaillissement de l’émotion qui surprend, qui prend aux tripes, donne des frissons et fait monter les larmes aux yeux. Et je dis ça alors que j’ai pourtant une formation de pianiste classique et que les compositions de Mono me parlent vraiment de ce fait. Mais je ne sais pas, il y a une sensation que ne trouve pas… c’est sans doute très personnel ! Peut-être que si je les avais vus à La Machine l’an dernier mon avis serait plus nuancé. Il faudra donc que je renouvelle l’expérience ! En revanche, je suis totalement d’accord pour Blueneck, je me suis aussi beaucoup ennuyée !

  2. On est tous d’accord pour « the only moment we were alone »…juste un désaccord sur le classement dans le top…Ne pas oublier non plus « with tired eyes… »
    Mono c’est beau mais ça laisse une impression de tiédeur (ce qui se ressent dans le public où la ferveur est moins grande que pour les groupes dont on parle ci-dessus). Si on compare avec l’intensité en live d’un mogwaï fear satan..mais tout ne reste évidemment qu’une question de ressenti donc quelque chose propre à chacun(même si je sais que j’ai raison..:0))
    je crois que finalement je ne dois pas être tant que ça mono-maniaque (ce qui en soit n’est pas franchement une mauvaise nouvelle)

  3. Pingback: Top Concerts 2012 | totoromoon

  4. Pingback: MONO The Last Dawn / Rays Of Darkness | totoromoon

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