GODSPEED YOU ! BLACK EMPEROR au Trianon

Godspeed Trianon 18.08.2013 (2)

Ce dimanche 18 août, au coeur de l’été et d’un Paris désert, un vent de révolte a soufflé sur le Trianon. Après dix ans d’absence, une petite série de concerts en 2010 et 2011, et l’annonce finalement démentie que le groupe ne se reformerait pas, les mythiques Godspeed You ! Black Emperor étaient de retour en France pour une prestation live singulière et sensationnelle, comme ils en ont le secret.

Né en 1994 à Montréal, ce collectif, considéré comme le maître canadien du post-rock, est à l’heure actuelle à l’origine de 5 albums et 2 EP, faits de symphonies électriques des temps modernes, toutes plus singulières et magistrales les unes que les autres. Et c’est après un très long silence qu’ « Allelujah ! Don’t Bend ! Ascend ! », son dernier opus, est paru il y a de cela quelques mois. Pour lire ou relire ma critique de cet album, c’est par ici.

Mes tympans, forts du souvenir du dernier concert parisien du groupe à la Grande Halle de La Villette en janvier 2011, se sont rendus avec une immense joie (et les boules Quies ad hoc) au concert de ce dimanche au Trianon. Joie d’autant plus grande que le concert de La Villette avait laissé en moi un arrière goût de frustration, tant le lieu m’avait semblé peu convenir à la formation montréalaise. Trop grande, trop impersonnelle, trop pleine de bruits parasites, la Grande Halle de La Villette n’était pas la salle appropriée à l’expansion des expérimentations ciselées et furieuses des dieux Godspeed. Le joli théâtre du Trianon fera davantage honneur au groupe et à ses performances tant sonores que visuelles et engagées, c’est déjà une certitude.

Godspeed Trianon 18.08.2013 (3)

Comme toujours, le public de Godspeed est en grande majorité très chevelu et barbu, fidèle et averti.

Sur scène ce dimanche, la formation de huit musiciens, qui resteront tous mutiques, prend place au fur et à mesure que se déroule le premier morceau, sur fond de projections en noir et blanc qui accompagneront tout le set. Pas moins de quatre projecteurs, dont le cliquetis mécanique accompagne les titres, font ainsi se dérouler de longues pellicules d’images intrigantes. La violoniste, pieds nus, amorce la longue plainte qui s’épaissira progressivement avec l’entrée du violoncelle, des nombreuses percussions et des guitares.

Le mot « HOPE » vibre et se détache d’un univers en noir et blanc, vide, triste et fou. Le monde est en perdition, désincarné, fait de sécheresse désertique et d’indicateurs financiers, mais l’espoir est là, et les images hypnotiques font écho aux notes qui s’envolent en rafales comme pour mieux s’écraser ensuite, sombres et terrifiantes.

Peu à peu, c’est une nuée rageuse qui s’élève et ravage tout sur son passage.

Godspeed Trianon 18.08.2013 (5)

Un train nous conduit à travers des paysages tantôt feuillus, tantôt arides, sur une voie ferrée sans fin, dans des volutes musicales d’une puissance incroyable. Très peu de mélodies, mais un art de la texture sonore et de la virulence savamment construite, qui contamine tout.

Du violon semblent sortir dix instruments, les guitares grondent, les percussions frappent, les dissonances résonnent et la rébellion de ce groupe engagé fait rage. Chaque montée en puissance s’achève dans des explosions frénétiques et orageuses, au beau milieu d’une atmosphère toujours sombre et inquiétante.

Godspeed Trianon 18.08.2013

Post-rock, rock progressif, rock expérimental, musique classique, avant-garde, les genres se mêlent dans les longs mouvements des morceaux singuliers et sans voix composés par ce groupe hors du commun.

La tempête électrique se déchaîne, le vent de la contestation se répand, et le déluge est tonitruant au-dessus des corps vacillants qui se balancent dans la salle comble du sol aux balcons.

Après un rappel et deux heures de concert, les musiciens quittent un à un la scène, laissant les notes et l’onde de choc s’étouffer peu à peu. Les lumières se rallument et le réveil est brutal. Nos sens, forts de cette expérience intense, resteront hagard un bon moment…

… … …

Setlist du concert, Le Trianon 18/08/2013 :

  • Hope Drone
  • Mladic
  • Monheim
  • Behemoth
  • The Sad Mafioso

Encore :

  • Moya

… … …

Deux titres entendus ce dimanche :

Moya (live à Amsterdam – 2011) :

Mladic (« Allelujah ! Don’t Bend ! Ascend ! » – 2012) :

Vive l’espoir et la rébellion,

Totoromoon

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8 réflexions sur “GODSPEED YOU ! BLACK EMPEROR au Trianon

  1. J’y étais aussi, j’ai adoré, je ne les ai vus que 3 fois jusqu’à présent et cette setlist est ma préférée. Je partage la même critique à propos de la grande Halle de la Villette où je les avais vus la première fois, j’en parle dans les commentaires récents sur mon blog 🙂 J’avais cependant rattrapé le coup entre temps en me déplaçant jusqu’à Bruxelles, le Cirque Royal étant une belle petite salle. Bref, le Trianon était le lieu idéal pour apprécier cette musique. Les voir dans un site de théâtre ancien en plein air (Arles, Fourvière, Nîmes etc.) devrait être aussi un bon choix.

    • Merci pour cet avis partagé ! C’est drôle car je me suis moi aussi déjà déplacée à Bruxelles au Cirque Royal pour un concert (en 2008) : c’était pour mes chouchoux intergalactiques, Explosions In The Sky… et j’en garde encore de beaux souvenirs de frissons d’émotion.

      • Explosions In The Sky, je connais et j’aime aussi. A propos de la description du public de GY!BE, je m’étais fait la même réflexion la 1ère fois à la Villette, je rajouterais très masculin aussi. Et suite au Trianon, que c’est un des meilleurs publics que j’ai jamais vu : très peu de smartphones levés en l’air, pas de flashes inutiles, et pas de bavardages intempestifs sur parties calmes (oui je reconnais il y en a peu), c’est devenu une vraie plaie dans les concerts…

  2. Alors là je suis entièrement d’accord pour les bavardages intempestifs (ils m’avaient en partie gâché le concert de La Villette). J’ai parfois l’impression que certaines personnes viennent à des concerts comme elles iraient dans un bar hype, pour boire et discuter de tout et de rien, pouvoir dire « j’y étais » parce que ça doit faire bien, tout en se fichant complètement des musiciens sur scène… et ça me rend folle !

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