MUSE Drones

Muse_Drones

Peut-on être à la fois amateur de post-rock et fan de Muse ? Oui, c’est possible. Démonstration.

Ceux qui me connaissent (ou qui suivent ce blog depuis sa création) le savent : Muse et moi, c’est une grande histoire d’amour. Histoire qui a vu le jour en 1999, lors de la sortie de « Showbiz », et qui s’est concrétisée lorsque j’ai vu le groupe britannique sur scène pour la première fois.

Parce qu’un concert de Muse, dans le genre « grandiose-et-mené-par-seulement-trois-musiciens », ça n’a que peu d’équivalent. La seule qui, à mon sens (et du haut de mon expérience – et de mes goûts) rivalise de générosité sur scène avec Matthew et sa bande, c’est la bande à Robert (Smith, of course) et ses 45 titres joués en live à chaque show. Mais bon, je ne sais pas s’il existe beaucoup de fans de Cure amateurs de Muse. Je pense que je suis une bizarrerie dans le genre.

Car oui, j’aime Robert (Smith – et Downey Jr aussi, mais c’est une autre histoire), j’aime le post-rock, et j’aime Muse. Et non, mon amour pour Muse n’a pas tari depuis 1999. N’en déplaise à tous ceux qui aiment haïr ce groupe qui déplace les foules dans les stades. Qu’on n’aime pas Muse, qu’on ne l’ait jamais aimé, qu’on trouve la voix de Matthew Bellamy aussi insupportable que la grandiloquence de ses solos de guitares, soit. Je le conçois totalement. Chacun ses goûts. Mais qu’on puisse dire que « le premier album de Muse est une tuerie » mais que « tout ce que le groupe a produit ensuite est une daube infâme », ça non, j’ai du mal à le concevoir.

Ne bougez pas, je revêts mon gilet pare-tomates et je reviens vous expliquer.

Muse a développé, dans ses deux premiers albums, des recettes d’un rock populaire aux influences variées, qu’il n’a pas reniées par la suite. Et, bien qu’à ce jour encore, ces deux albums demeurent mes préférés (« Origin Of Symmetry » en tête), « Absolution », « Black Holes And Revelations », puis « The Resistance » et « The 2nd Law » ont tour à tour confirmé que j’aime ce que produit ce trio, avec de nombreux morceaux en forme de petits bijoux, aussi bien construits que prêts à faire se déchaîner les stades. Certains titres ont une place plus chère que d’autres dans mon coeur, mais globalement, je ne jette rien chez eux : des envolées lyriques guimauves et grandiloquentes aux grosses guitares appuyées, des expérimentations symphoniques aux morceaux les plus rocks, en passant par les touches d’électro rococo, tout une variété qui fait leur richesse musicale. Depuis plus de 15 ans, j’aime leurs évolutions et expérimentations, même si toutes ne me parlent pas de la même manière et même si leurs premiers albums, plus sobres et plus incisifs, restent globalement mes préférés. Mais j’aime sans faiblir la voix sensationnelle de Matthew Bellamy, qui émerveille autant qu’elle agace, j’aime ces recherches mélodiques, j’aime ces envolées lyriques osées, j’aime ces influences revisitées, ressassées et assumées. Et, cerise sur le cheesecake, j’aime leurs concerts d’une générosité que personne ne peut contester.

Maintenant, je vais vous prouver qu’il y a du post-rock chez Muse. D’abord, la voix de fausset de Matthew Bellamy me rappelle quand elle monte dans les aigus la voix de Jónsi, chanteur des fantastiques islandais de Sigur Rós (dont je suis, aussi, une très très grande fan). Des voix aussi extraordinaires ont de quoi dérouter. On les aime ou on les déteste, mais pour ma part, elles sont de ces rares voix qui me procurent des frissons incomparables. Ensuite, les albums de Muse regorgent d’expérimentations et de compositions aux passages instrumentaux, voire même de compositions entièrement instrumentales, laissant les cordes des guitares et les claviers s’exprimer par eux-mêmes, à l’instar de la majeure partie des groupes de post-rock. Enfin, si les influences de Muse sont nombreuses, la musique classique et la musique de film en sont des plus prégnantes, notamment dans leurs derniers opus, Matthew Bellamy n’hésitant pas à reprendre Chopin, Rachmaninov et Ennio Morricone, ou à composer de petites symphonies. Là encore, c’est une caractéristique que partagent la grande majorité des groupes de post-rock. Alors, convaincu ?

Bon, il est vrai que je suis plutôt partiale. Pourtant, quand j’ai découvert « Drones », ce 7e et nouvel album, j’ai encore été frappée par certaines similitudes. D’abord, quelle ne fut pas ma surprise de voir sur l’album un titre de plus de 10 minutes. Ca y est, Muse assume pleinement et fait vraiment du post-rock, me suis-je dit avant même de l’avoir écouté. Peut-être voulais-je prendre mes désirs pour des réalités, me direz-vous. Mais ce qui m’a interpelée ensuite, c’est la construction de l’album, en forme d’opéra rock dont chaque titre suit et raconte le déroulement d’une seule et même histoire, celle d’un homme-soldat aliéné, conquérant pour retrouver sa liberté.

Ici, une nouvelle fois, pas de renouvellement drastique de la musique du groupe, mais les recettes habituelles de ce qu’il sait faire de mieux : du rock rassembleur et populaire, porté par les éclats de voix inimitables de Matthew Bellamy, et quelques expérimentations osées tel le dernier morceau qui a donné son nom au disque, Drones, complètement a capella, en forme de chant d’église.

Dans l’ensemble, cet opus met en valeur des sonorités d’un rock plus sobre et plus corrosif que sur les derniers nés du groupe, marquant le retour au sources annoncé par les musiciens du trio lorsqu’ils enregistraient ces nouveaux morceaux. Ceux-ci font toujours tourbillonner les guitares, développant des constructions épiques et emphatiques. Les refrains sont simples, appuyés et fédérateurs, les riffs de guitare ébouriffants, la technique et le son maîtrisés, et le tout fonctionne à merveille.

Après Dead Inside et les injonctions d’un sergent déchaîné, introduction en forme de plongée progressive dans les abysses anxiogènes d’un monde austère, viennent Psycho et Mercy, deux titres dévoilés avant la sortie du disque. La guitare swingue, la basse gronde et la batterie s’envole, tandis que la voix oscille entre énergie et complainte. Simple et efficace. Mais ce que j’aime particulièrement, c’est l’enchaînement des titres suivants : Reapers, The Handler et Defector. Trois morceaux d’un rock sombre, métallique, distordu et abrasif, avec mention spéciale pour The Handler, aux arpèges de guitare plaintive, au falsetto de Matthew et à la construction hypnotique. De toute beauté. Un titre pop puis un interlude plus calme viennent ensuite amorcer la dernière partie de l’album, avec Revolt puis Aftermath, langoureux slow tel que le groupe en a le secret, même si, de mon point de vue, il en a composé de bien meilleurs que celui-ci. Vient alors la pièce maîtresse de l’album, l’épique The Globalist, son ouverture de western et ses 10 minutes de variations atmosphériques, entre musique de film, musique classique, et rock saturé tonitruant. Un ovni audacieux et réussi.

Face à tous ceux qui, une fois de plus, ont aimé dézinguer le nouvel album de Muse, je clame haut et fort, une fois de plus, que moi, je l’aime et n’ai pas honte de le dire. Muse s’adresse peut-être à mon côté midinette qui aime la chick-litt et qui pleure devant les comédies romantiques pour filles, mais je l’assume totalement. Qu’on se le dise.

A découvrir, la vidéo de The Handler :

Et celle de [JFK] + Defector :

Tracklist :

  • Dead Inside
  • [Drill Sergeant]
  • Psycho
  • Mercy
  • Reapers
  • The Handler
  • [JFK]
  • Defector
  • Revolt
  • Aftermath
  • The Globalist
  • Drones

Site officiel : http://muse.mu/

Avant une nouvelle tournée mondiale en 2016, Muse fera cet été la tournée des festivals et sera notamment à Arras le 4 juillet, à Aix-les-Bains le 13 et à Carhaix le 16.

Totoromoon

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3 réflexions sur “MUSE Drones

  1. Comme toujours, j’adore ! J’accroche un peu plus sur ‘Defector’ et ‘Revolt’ que les autres titres mais dans l’ensemble cet album m’a permis de me défouler , de danser et chanter juste quand j’en avais besoin =) Merci Muse !

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