OLAFUR ARNALDS & ALICE SARA OTT – The Chopin Project au Trianon

The Chopin Project Affiche Trianon

Ce vendredi soir à Paris, le joli théâtre du Trianon accueillait le talentueux compositeur islandais Olafur Arnalds et la pianiste germano-japonaise Alice Sara Ott, venus présenter pour la première fois sur scène en France « The Chopin Project ». Une soirée en forme de moment de grâce, sublime et suspendue dans le temps.

Premier à monter sur scène, le compositeur et multi-instrumentiste italien Federico Albanese jouait pour la première fois de sa carrière à Paris. Né à Milan, c’est désormais à Berlin qu’il vit et travaille. Son premier album, « The Houseboat And The Moon » est paru en février 2014 chez Denovali Records.

Federico Albanese 11.09.2015 (4)

Il venait ce soir présenter plusieurs de ses compositions, seul face au piano. Aériennes et cinématographiques, celles-ci se développent en mêlant musique classique, field recording et musique électronique. Ici, le travail sur le son et la recherche de création d’atmosphères singulières sont sensibles et tout en finesse. Un pur moment de délicatesse, parfait en ouverture de cette belle soirée.

A écouter, Disclosed :

Site web : http://www.federicoalbanese.com/
Facebook : https://www.facebook.com/federicoalbanesemusic

Lorsque Federico pose ses dernières notes sur le piano, salue et quitte la scène, la salle est comble. Prête à accueillir Olafur Arnalds, Alice Sara Ott et les musiciens du Chopin Project. Ce soir, le Trianon est en configuration concert classique, tous sièges dehors, du parterre aux balcons. Le public n’est effectivement pas celui que j’ai l’habitude de croiser aux concerts de post-rock dans lesquels j’aime aller m’évader. Plus chic, plus en retenue, il ressemble davantage aux publics de concerts classiques, que j’ai aussi assidûment fréquentés dans ma jeunesse de pianiste. Néanmoins, l’accueil ne manquera pas de chaleur, dans cette soirée à l’ambiance empreinte de respect pour une musique à la résonance intemporelle.

The Chopin Project 11.09.2015 (5)

Je dois vous avouer que quand le disque du « Chopin Project » est paru il y a quelques mois, j’ai d’abord été sceptique. Ancienne pianiste moi-même, j’ai de longue date écouté, aimé et interprété Chopin. Mais mes réticences se sont envolées aussitôt ce sublime opus écouté. Ici, la musique de Chopin est non seulement merveilleusement respectée mais aussi délicatement sublimée. Si vous avez manqué ma chronique rédigée à la sortie du disque, vous pouvez vous rattraper ici.

Sur scène, les musiciens prennent place dans la pénombre, accompagnés d’un Olafur Arnalds acclamé par un public d’ores et déjà acquis à sa musique. Deux violonistes à gauche d’un piano droit Yamaha, un troisième violoniste et deux violoncellistes à droite. Et, de part et d’autre de la scène, un Steinway à queue brillant de laque noire, et un ensemble de claviers électroniques, tablette et ordinateur.

The Chopin Project 11.09.2015 (6)

Le concert s’ouvre sur Verses, qui est également le premier morceau du disque. Un morceau où les cordes sont à l’honneur, revisitant le motif de la Sonate pour piano numéro 3. Plaçant la barre de l’émotion déjà très haut, à peine le set débuté.

Alice Sara Ott rejoint ensuite les musiciens sur scène. Pieds nus, vêtue d’une combinaison bleue, elle s’installe au piano à queue, tout en grâce et en fluidité. Elle vient interpréter le largo de la Sonate, ses mains dansant sur le clavier, alors que la salle retient son souffle dans un silence quasi-religieux.

C’est en chaussettes qu’Olafur, quant à lui, se déplace doucement sur le parquet, qui craque à peine. Il vient tourner une page de la pianiste, puis se rasseoir. Siroter son petit verre de whisky, puis régler le son de ses instruments. Il dira en plaisantant qu’il n’est finalement là ce soir que pour tourner les pages d’Alice, mais que ce rôle l’angoisse. Une grande complicité se lit entre les musiciens.

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Quand une des violonistes vient se placer sur le devant de la scène pour interpréter, seule au violon, le Nocturne in C sharp Minor, l’émotion est si intense qu’elle fait monter les larmes aux yeux. Le set n’en est pourtant encore qu’à ses débuts.

Entre interprétations délicates et arrangements inspirés, les morceaux se déroulent ensuite, fidèles au disque, le bruissement et l’émotion du live en plus. Le son des cordes est fort et vient résonner au plus profond, faisant écho au piano trafiqué d’Olafur, dont chaque note est feutrée, dans la beauté de ces pièces à la fois si universellement connues et pourtant jamais usées par le temps.

Puis, craignant que le public ne se soit assoupi, Olafur reprend la parole. Il propose de faire participer l’auditoire, et demande de chanter un « la ». Note tenue quelques mesures, enregistrée puis reprise dans le morceau suivant. Nous voyons l’expérimentation entrain de se créer. La création entrain de naître, dans une salle attentive, comme transportée dans un ailleurs hors du temps.

The Chopin Project 11.09.2015 (1)

La fin du concert entraîne un déluge d’applaudissements. Et, quelques instants plus tard, Olafur et Alice reviennent seuls sur scène. Ils racontent leur rencontre et leur amour commun pour la musique, Chopin et le whisky.

Assise en tailleur sur le grand tabouret du Steinway, Alice explique la place particulière de Chopin dans son coeur. Elle raconte la valse qu’elle a jouée au téléphone, alors qu’elle était en tournée, pour sa grand-mère qui se mourait au Japon. Valse pendant laquelle celle-ci s’est éteinte. La salle semble de nouveau retenir son souffle alors qu’elle se tourne vers le piano pour l’interpréter. Grave et légère à la fois.

Olafur s’exprime à son tour, assis devant son piano droit. Il raconte sa grand-mère à lui. Celle qui l’a détourné du death-métal pour l’enjoindre à aimer la musique classique, et qui a fait de lui le musicien qu’il est désormais. Son dernier morceau est un hommage. Subtil, délicat, il se termine sur l’écho des cordes, venu du lointain des coulisses. Et sur les larmes versées par Alice, assise sur le plancher, à côté de lui.

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La salle ovationne, debout, ces artistes talentueux et sensibles, qui lui ont offert une soirée à nulle autre pareille. Loin de l’agitation de la vie parisienne, loin des bruits parasites, au plus près d’un univers où la musique et reine et où le temps n’existe plus.

A écouter et à regarder, le morceau joué en ouverture du concert, Verses (live à Berlin) :

Et l’émouvant Eyes Shut – Nocturne in C Minor (live à Berlin) :

The Chopin Project sur le site de Mercury Classics :  http://www.mercuryclassics.com/releases/item/olafur-arnalds-alice-sara-ott-the-chopin-project/

Totoromoon

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2 réflexions sur “OLAFUR ARNALDS & ALICE SARA OTT – The Chopin Project au Trianon

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