WE ALL DIE ! WHAT A CIRCUS ! We All Die ! What A Circus !

Derrière le nom intrigant We All Die ! What A Circus ! se cache le portugais João Guimarães. Le mois dernier, celui-ci a donné le jour à un nouvel album. Un album sans titre mais riche de sens où, pendant plus d’une heure, les enregistrements de sons de la nature se mêlent aux nappes de claviers et de guitares, déployant une atmosphère mélancolique, aussi intrigante et singulière que le nom que João a donné à son projet.

Comme il le dit, We All Die ! What A Circus ! se veut « un refuge métaphysique » à la société, « un voyage ascétique vers la mort, mais célébrant la vie elle-même ». Si l’album ne porte pas de nom, chacun des morceaux qui le composent porte quant à lui un titre évocateur à l’image des deux morceaux qui ouvrent le disque en faisant référence au philosophe roumain Emil Cioran : « The Trouble Of Being Born », « De l’inconvénient d’être né » (oeuvre de Cioran publiée en 1973), et « Emil Cioran’s Nightwalk », « Promenade nocturne d’Emil Cioran ». Celui-là même qui a écrit qu’ « on a d’autant plus de prise sur ce monde qu’on s’en éloigne, qu’on n’y adhère pas », et que « le renoncement confère un pouvoir infini », vient hanter la musique de l’artiste portugais et la charger de sens.

Le musicien joue ainsi à la fois de son attrait pour le philosophe et de ses origines portugaises, parfumant ses compositions d’une sombre et douce mélancolie, où les guitares semblent porter les plaintes d’un lointain fado et d’une philosophie du désespoir condamnant l’homme à errer sans raison.

Au fur et à mesure que l’on avance dans l’écoute, et notamment à l’ouverture de Bluebird, se fait de plus en plus forte l’impression d’avancer dans une vaste forêt. Peuplée de mille oiseaux, elle est à la fois ombragée et percée de rais de lumière étincelants… On s’y enfonce et on s’y perd. Terrifiés et envoûtés à la fois. A la fin de ce très beau morceau, une voix d’homme vient se poser sur les notes, et réciter le poème de Charles Bukowski, Bluebird. « There’s a bluebird in my heart that wants to get out… »

Une atmosphère de plus en plus sombre se déploie dans les morceaux suivants, allégée seulement par les chants d’oiseaux qui continuent un moment de les peupler. Le voyage se poursuit à travers des nappes de claviers aériennes et des guitares aux mélodies chargées d’une profonde mélancolie… jusqu’à la délivrance finale d’un What We Think We Become, « Ce que nous pensons devenir » (citation de Bouddha), en forme de lente disparition dans un ailleurs inconnu.

Un album à savourer les yeux fermés.

Pour le découvrir :

Bluebird, de Charles Bukowski (« The Last Night of the Earth Poems », 1992) :

there’s a bluebird in my heart that
wants to get out
but I’m too tough for him,
I say, stay in there, I’m not going
to let anybody see
you.
there’s a bluebird in my heart that
wants to get out
but I pour whiskey on him and inhale
cigarette smoke
and the whores and the bartenders
and the grocery clerks
never know that
he’s
in there.

there’s a bluebird in my heart that
wants to get out
but I’m too tough for him,
I say,
stay down, do you want to mess
me up?
you want to screw up the
works?
you want to blow my book sales in
Europe?
there’s a bluebird in my heart that
wants to get out
but I’m too clever, I only let him out
at night sometimes
when everybody’s asleep.
I say, I know that you’re there,
so don’t be
sad.
then I put him back,
but he’s singing a little
in there, I haven’t quite let him
die
and we sleep together like
that
with our
secret pact
and it’s nice enough to
make a man
weep, but I don’t
weep, do
you?

Tracklist :

  • The Trouble Of Being Born
  • Emil Cioran’s Nightwalk
  • Bluebird
  • A Fishing Rod For My Grandpa
  • Tears Do Not Burn Except In Solitude
  • What We Think We Become

Bandcamp : https://wealldiewhatacircus.bandcamp.com/album/we-all-die-what-a-circus
Facebook : https://www.facebook.com/wealldiewhatacircus/

Totoromoon

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3 réflexions sur “WE ALL DIE ! WHAT A CIRCUS ! We All Die ! What A Circus !

  1. Jolie chronique, d’un album unique, hantant, sombre, saisissant.

    Malheureusement celle-ci est « incomplète » car il y a une septième piste – qui n’apparaît pas sur BC – intitulée « Our Secret Pact (Bluebird) » et durant 22m35s (soit presque un quart de l’album).

    • Merci pour ce commentaire ! Effectivement je n’ai pas parlé de la « bonus track », que l’on découvre lorsque l’on achète l’album, et qui reprend en fait le titre Bluebird déjà présent dans celui-ci. Je trouve que l’opus forme un très beau tout cohérent sans cette piste… mais ce n’est que mon avis 🙂

  2. Sans impacter la cohérence indiscutable des pistes précédentes, j’ai le sentiment que cette version est l' »originale », sans nul doute trop longue, peut-être pas assez rythmique, et surtout dépourvue du poème de C.B., pour figurer en milieu de tracklist. Plaintive, mais nullement anodine cela va sans dire. Ceci étant dit, je partage ton avis (je m’autorise un tutoiement).

    Inéluctablement, je repasserai par là. 😉

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