GODSPEED YOU ! BLACK EMPEROR Luciferian Towers

Sur les ruines du monde, s’élève la musique sans paroles de Godspeed You ! Black Emperor. Depuis plus de 20 ans, le collectif montréalais souffle avec talent son vent de révolte sur la scène musicale internationale. Une révolte non violente, avec pour seul porte-parole sa musique sensationnelle et engagée. Souvent imitée, source d’inspiration pour beaucoup d’autres, elle demeure forte d’une singularité et d’une majesté inégalées.

Il y a quelques jours, Godspeed You ! Black Emperor était de retour avec « Luciferian Towers ». Dès la première écoute, cet album est venu se placer pour moi au sommet de la discographie du groupe. Ici, la révolte est toujours furieuse, et furieusement belle, mais elle se teinte d’un rayon de lumière, trait d’espoir qui magnifie l’ensemble et le rend plus somptueux que jamais. Sublime.

Enregistré à Montréal fin 2016 avec Greg Norman, déjà présent sur le précédent album du groupe (ma chronique de « Asunder, Sweet And Other Distress » à retrouver), « Luciferian Towers » est, comme son prédécesseur, plus concis que les albums originels du groupe. Déployant 4 morceaux pour 40 minutes d’une symphonie où les dissonances ont un goût d’apocalypse, le disque n’en demeure pas moins minutieusement construit dans la lenteur et la saveur de progressions majestueuses.

Les morceaux, déjà testés sur scène, sont nés de la participation du groupe à différents projets, dont notamment « Monumental », collaboration avec la troupe de danse canadienne The Holy Body Tattoo. Deux longues pièces Bosses Hang et Anthem For No State, en constituent le coeur, précédées de deux pièces plus courtes, Undoing A Luciferian Tower, ouverture du disque, et Fam/Famine, prélude à la longue apothéose finale.

Comme toujours, Godspeed fait du son une arme non violente, qu’il brandit avec force, à grands renforts d’enchevêtrements de cordes et de tonitruances de percussions. Dense, à la fois inquiétante et belle, telle est l’atmosphère peinte par les maîtres montréalais du post-rock.

Crescendos et decrescendos se succèdent, au fil de répétitions qui obsèdent, emportent et enivrent.

Si l’harmonie est toujours sous-tendue par un chaos terrifiant, la rage sait aussi céder la place à d’apaisantes respirations. Car « Luciferian Towers » est fort d’un thème musical récurrent moins noir et moins dramatique qu’à l’accoutumée, conférant à l’ensemble une forme d’optimisme inédite chez Godspeed. Cette mélodie apparaît à la fin du premier morceau, disparaissant ensuite pour mieux réapparaître au gré des circonvolutions du violoncelle et des guitares. Elle se mêle à la violence sourde et sombre qui ne cesse de s’étendre avec force. Undoing A Luciferian Towers s’ouvre dans un murmure, puis fait la part belle à de nouveaux instruments. Ainsi, une flûte, une trompette et un saxophone viennent joindre leurs dissonances aux guitares, dans une frénésie saisissante.

Puis Bosses Hang se déploie, lente descente de toute beauté vers des ténèbres dans lesquels nous ne suffoquerons jamais, tant les musiciens parviennent à doser les effets de boucles hypnotiques avec justesse. L’ensemble, par moments, semble même se détourner des abîmes pour tendre vers le ciel. Les phrases mélodiques se font fortes d’un souffle magnifique, maintenant une tension à la fois puissante et délicate, qui n’a pas besoin d’exploser pour toucher au coeur.

Fam/Famine, construit autour d’une ligne de violon perdue dans un brouillard de cordes, pose ensuite une belle respiration. J’aime ce lent crescendo qui semble volontairement déconstruit, et que je trouve beaucoup plus expressif que les drones du précédent album du groupe.

Vient enfin l’acte final, développé dans l’épique Anthem For No State. De sa fragilité première, il se mue en cavalcade de percussions, violons virevoltants et guitares grondantes. Progressivement, il mène l’album à sa superbe apogée.

Sur Bandcamp, après avoir donné le contexte de chaque morceau, le groupe conclut ainsi la présentation du disque :
« The “luciferian towers” L.P. was informed by the following grand demands :
+ an end to foreign invasions
+ an end to borders
+ the total dismantling of the prison-industrial complex
+ healthcare, housing, food and water acknowledged as an inalienable human right
+ the expert fuckers who broke this world never get to speak again »

Avec « Luciferian Towers », Godspeed signe un album toujours aussi fort de la puissance sombre et des reliefs escarpés qui l’habitent, mais aussi moins aride et plus accessible que ses prédécesseurs. Une nouvelle beauté à découvrir sur scène, où la musique des Montréalais excelle et prend tout son sens.

Le groupe sera en concert en France le 16 octobre à Ramonville, le 17 à Mérignac, le 18 à Rennes, le 19 à Rouen, le 20 à Décines, le 21 à Strasbourg, le 22 à Roubaix, et enfin le 7 novembre à Paris, à l’Elysée Montmartre.

Pour découvrir le disque :

Tracklist :

  • Undoing A Luciferian Towers
  • Bosses Hang
  • Fam/Famine
  • Anthem For No State

Bandcamp : https://godspeedyoublackemperor.bandcamp.com/album/luciferian-towers

« Luciferian Towers » chez Constellation Records : http://cstrecords.com/cst126/

Totoromoon

 

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