Adieu 2017 / JESSICA93 Release Party à La Maroquinerie

Chère année 2017,

Année de toutes les apocalypses, je ne m’étendrai pas sur ton cas. J’ai juste hâte que tu t’achèves.

Hâte de réussir à sécher les larmes que tu as fait couler.

Hâte de retrouver l’horizon.

La lumière.

Les espoirs et les rêves.

Ce lundi 18 décembre, jour de la release party du nouvel album de Jessica93, une apocalypse de plus est venue s’ajouter à ton palmarès. Et elle a achevé de me faire définitivement te détester.

Pourtant, la musique était belle.

On fêtait la sortie de « Guilty Species ». C’était le deuxième soir, mais La Maroquinerie était encore bondée.

Juste avant, j’avais retrouvé une amie pour boire un verre. Faire semblant de se concentrer sur le présent, et d’avoir foi en l’avenir. Rire. Oui, ça va être mieux maintenant. Rire encore, pour cacher la tristesse tout au fond. Se dire au revoir. Se prendre dans les bras.

Traîner sa solitude dans une salle déjà pleine, et acheter le disque dont on célèbre la sortie. Faire encore partie de ces gens old school qui achètent des disques. S’installer confortablement au fond, appuyée à une rambarde, face à la scène. Avoir tout à coup un peu chaud, mais se dire que ça va passer.

Le concert commence. Geoffroy Laporte investit la scène avec son jogging sale, son tee-shirt trop grand et ses cheveux gras, accompagné de trois musiciens. Les rythmes sont obsédants. Les boucles de guitares abrasives sont portées à l’infini. La voix est sombre et lointaine.

Je découvre en live les titres de « Guilty Species ». Je me dis qu’il est excellent. Sans doute le meilleur album jamais écrit par Jessica93. Les lignes de basse sont toujours aussi fortes et belles, les riffs efficaces et les rythmes intenses, mais les mélodies sont plus claires que d’habitude, plus immédiates et plus percutantes. Elles continuent de se parer d’une inquiétude froide, mais elles enivrent comme jamais.

Devant, les gens sautent, se bousculent et finissent par se battre. Mais les musiciens demeurent concentrés. Les décibels pleuvent et foudroient. Le tourbillon sonore est parfait. Le set ne faiblit pas. Jamais.

Pas comme mes jambes qui, elles, commencent à faiblir. J’ai le coeur qui s’emballe et les mains moites. La vue qui se trouble. Je me dis que non, je ne dois pas faiblir. Non, je ne dois pas m’effondrer. Pas maintenant. Mais derrière le calme apparent, la tempête qui rugit dans mon corps finit par avoir raison de moi. Juste le temps de reculer, de me frayer un passage entre les spectateurs secoués par les vibrations tonitruantes, et de pousser une porte. Avant de m’écrouler.

Par terre, paupières closes. Au milieu des murs qui tournent et du sol qui se dérobe. Engloutie dans les profondeurs de la terre. Engloutie dans la honte de me retrouver dans cet état. Les larmes de nouveau au bord des yeux.

Se ressaisir. Se dire qu’il va falloir réussir à rentrer chez soi. Debout, jambes flageolantes. Avancer dans la rue. Marcher longuement en se disant qu’on va se remettre les idées en place et le coeur à l’endroit. Sentir le vent glacé qui frappe le visage. Respirer.

Retrouver l’agitation de sa rue. Monter les escaliers. Ouvrir sa porte et s’effondrer sur son canapé. Regarder ses photos du concert. En choisir une et la partager sur Instagram. Parce que c’était bien, ce concert, malgré tout. Il n’y est pour rien, Jessica93, à tout ça.

Se rendre compte à cet instant qu’on a reçu un message. L’ouvrir, le lire, et souhaiter aussitôt ne pas l’avoir lu. Ne jamais l’avoir lu.

Ce lundi soir, un être que j’aimais beaucoup a disparu. Il était jeune. Il était gentil. Il était rayonnant. Il m’avait semblé en pleine forme la dernière fois que je l’avais vu. On avait parlé de mon divorce et de mon chagrin. Il m’avait dit qu’il était là si j’avais besoin. Qu’on irait boire des verres, se changer les idées. Qu’on parlerait musique, peinture et poésie.

Je ne réalise pas encore. Je ne peux pas croire que quand je retournerai travailler dans quelques jours, il ne sera plus là. Que son absence sera comme un trou béant que personne ne pourra remplir. Que je ne verrai plus les ondulations de ses cheveux blonds dépasser derrière les ordinateurs de la banque de prêt. Que je ne rangerai plus de livres avec lui et son sourire dans la salle de philosophie. Je pense à ses proches. J’ai le coeur qui se fend.

J’en veux à cette saleté de cancer. J’en veux à la brutalité de la vie. J’en veux à la mort venue trop tôt. J’ai envie de crier à l’injustice.

Et puis, du fond de mes yeux sombres et de mes chagrins, je me dis que je suis vivante et qu’il faut que je ne l’oublie pas. Conserver précieusement les souvenirs tendres et se nourrir de ceux qui font mal pour avancer. Tenter de faire mieux. Vivre chaque jour pleinement et du mieux qu’on peut. Chacun avec ses outils. Chacun avec ses espoirs. Chacun avec ses rêves.

Ne pas les oublier, les rêves.

A bientôt près des étoiles, cher Eric.

Adieu 2017. Que 2018 arrive vite.

Et la douceur. A foison.

Eglantine

… … …

Setlist du concert, La Maroquinerie 18/12/2017 :

  • Poison
  • Asylum
  • Big Black (cover)
  • Anti Cafard 2000
  • Endless
  • Surmatants
  • Karmic Debt
  • Guilty Species
  • French Bashing
  • Bed Bugs
  • Uncertain to Me
  • Mental Institution

Encore :

  • Venus Flytrap
  • R.I.P. In Peace

… … …

« Guilty Species » :

Tracklist :

  • R.I.P. In Peace
  • Mental Institution
  • Venus Flytrap
  • Anti Cafard 2000
  • French Bashing
  • Bed Bugs
  • Guilty Species
  • Uncertain To Me

Bandcamp Music Fear Satan : https://musicfearsatan.bandcamp.com/album/jessica93-guilty-species-cd-lp
Bandcamp Teenage Menopause : https://teenagemenopause.bandcamp.com/album/guilty-species-2

Facebook : https://www.facebook.com/thejessica93/

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3 réflexions sur “Adieu 2017 / JESSICA93 Release Party à La Maroquinerie

  1. Touchante cette missive envoyée à la gueule béante de l’absurdité! Il ne reste que les étoiles, mortes pour la plupart mais dont la lumière nous parvient encore…ainsi que l’Art, immortel baume des âmes froissées et alanguies.
    Prenez soin de vous Mamzelle, votre blog est essentiel…
    Bien à vous.
    Twilliam

  2. Pingback: Top Not Post-Rock 2017 | totoromoon

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