WREKMEISTER HARMONIES Light Falls

Le passage de Wrekmeister Harmonies à Paris pour un concert m’a donné l’occasion de réécouter « Light Falls ». Cet album du collectif américain est paru en 2016. Il est troublant. Il est noir. Il est beau. Il revient régulièrement hanter mes nuits.

Wrekmeister Harmonies, projet fondé en 2006 à Chicago par J.R. Robinson, varie au gré de chaque album. Pour chacun, J.R. Robinson s’entoure des musiciens les plus à même de valider la vision de l’oeuvre à venir, enregistrée en différents lieux, souvent insolites, et conçue comme un projet artistique unique et singulier. Parmi ses nombreuses collaborations, comptent notamment des membres de Godspeed You ! Black Emperor, de Swans, ou encore de The Body et The Jesus Lizard.

Pour J.R. Robinson, la vie est un long processus de dégradation progressive. La légèreté et la clarté sont vouées à disparaître dans les ténèbres. L’innocence à succomber aux maux de la société moderne. Sa musique reflète non seulement cette vision du monde mais aussi sa réponse traduite en émotions.

Pessimiste. Sombre. Magnifiée de l’intensité du désespoir.

« Light Falls » est son quatrième album. Et il est de loin mon préféré. Pour le composer, J.R. Robinson et son acolyte la multi-instrumentiste Esther Shaw se sont entourés de trois musiciens de Godspeed You ! Black Emperor. Thierry Amar à la basse et à la contrebasse, Timothy Herzog aux percussions et Sophie Trudeau au violon. Un délicieux trio dont le style incomparable s’inscrit à bonheur sur le disque.

A la croisée du drone, du doom et du post-rock, « Light Falls » déploie une atmosphère de fin du monde qui réussit l’exploit d’être à la fois terrifiante et apaisée. De toute beauté.

Inspiré de « Si c’est un homme » de Primo Levi, l’album étouffe la lumière. Peint l’inhumain. Fait vivre l’invivable et accepter l’inacceptable.

Il dit l’indicible.

Et il le fait terriblement, et magnifiquement.

Le long de compositions dans lesquelles la lumière s’évanouit dans les ténèbres. Là où l’oeil est forcé de s’habituer à l’obscurité. Par la grâce d’un violon fragile. Par l’envoûtement de guitares hypnotiques. Par l’apparition et la disparition de percussions lourdes et lentes. Par un chant grave et doux, déclamé comme un mantra. Par des hurlements tragiques et désespérés, qui finissent par déchirer la nuit. Rébellion tonitruante contre l’inhumain. Tendue vers l’espoir fugace de l’apaisement.

Superbe.

A Paris, il y a quelques jours, sur la scène de l’Espace B, J.R. Robinson et Esther Shaw venaient présenter leur nouvel album, « The Alone Rush ». Accompagnés d’un batteur, ils ont déployé leurs compositions telles une seule pièce, sombre, rageuse et habitée. Le son n’était pas optimal et les basses étouffaient les morceaux. Malgré tout, d’une voix caverneuse et d’un violon enragé, J.R. Robinson et Esther Shaw ont envoûté à la perfection.

Un set intense et émouvant.

Pour découvrir « Light Falls » :

Tracklist :

  • Light Falls I – The Mantra
  • Light Falls II – The Light Burns Us All
  • Light Falls III – Light Sick
  • The Gathering
  • Where Have You Been My Lovely Son ?
  • Some Where Saved Some Drowned
  • My Lovely Son Reprise

Bandcamp : https://wrekmeisterharmonies.bandcamp.com/
Facebook : https://www.facebook.com/wrekmeisterharmonies23/

Eglantine / Totoromoon

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Une réflexion sur “WREKMEISTER HARMONIES Light Falls

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