Totoromoon au Dunk! Festival 2019 – Jour 1

Ces 30, 31 mai et 1er juin 2019, se tenait en Belgique la 15e édition du Dunk! Festival. Cette année, j’étais pour la deuxième fois invitée à assister en tant que chroniqueuse au festival le plus légendaire de la scène post-rock.

Niché dans un cadre magnifique, au coeur d’une nature accueillante et que chacun prend soin de respecter, le Dunk! Festival est devenu en quelques années une légende pour tous les amoureux de post-rock et dérivés du genre. S’il l’est devenu, c’est non seulement pour les choix audacieux de sa programmation, mais aussi pour la qualité de son organisation, à la fois familiale et d’une qualité professionnelle irréprochable, et pour l’atmosphère unique qui se dégage de l’événement et des personnes qui le font, qu’il s’agisse de l’équipe organisatrice ou des festivaliers. Ce souci du détail incomparable, ces sourires chaleureux, cette convivialité, cette bienveillance à nulle autre pareille.

Pour cette édition 2019, le Dunk! Festival accueillait 39 groupes venus du monde entier, de la Belgique à l’Australie, en passant par Singapour, la Chine, le Chili, le Brésil, les Etats-Unis, le Canada, l’Italie, l’Espagne, la Roumanie, l’Allemagne, les Pays Bas ou encore l’Angleterre, la Finlande, la Suède et la France.

39 concerts bénéficiant d’une qualité de son exceptionnelle pour un festival et de jeux de lumière époustouflants, et alternant pendant trois jours sur deux très belles scènes, l’une dressée sous un grand chapiteau tout de parquet vêtu, l’autre en plein air, au coeur de la forêt, faisant s’élever la musique par-delà la cime d’arbres majestueux.

Je le disais déjà l’année dernière, et cette année le confirme, le Dunk! Festival est sans aucun doute le plus beau festival auquel il me soit donné d’assister.

Black Narcissus (Post-Rock / Post-Metal – Belgique)

En arrivant ce jeudi matin à Zottegem, je retrouve ce site de verdure, beau et propre, qui m’avait enchantée l’année dernière, et son décor travaillé jusque dans les guirlandes lumineuses disposées d’arbre en arbre sur le trajet reliant les deux scènes au milieu d’une nature verdoyante. Il n’est pas encore tout à fait 14h quand j’arrive devant la scène de la forêt, pour mon premier concert de la journée.

Une basse et une batterie, telle est la recette du groupe belge Black Narcissus. Devant un public attentif, le duo déploie ses compositions sombres et denses. Les rythmes d’une batterie énergique déferlent, tandis que les notes graves et saturées d’une basse lourde s’élèvent vers la cime des arbres. Le ciel gris et bas, chargé d’épais nuages, se marie à la perfection à la musique abrasive et intense du groupe. Si l’architecture des morceaux se concentre sur les rythmes, le duo n’en oublie pas pour autant son sens de la mélodie. Une entrée en matière réussie pour cette nouvelle édition du festival.

A écouter, « Beyond The Whispers Of Common Men » :

Bandcamp : https://blacknarcissusband.bandcamp.com
Facebook : https://www.facebook.com/blacknarcissusband

Osorezan (Post-Rock / Experimental – Chili)

Depuis 4 ans, le Dunk! Festival travaille en partenariat avec le festival sud américain LeRockPsichophonique, pour accueillir des groupes venus du Chili. Je suis arrivée trop tard pour entendre Sistemas Inestables, qui ouvrait le festival sur la grande scène à 13h, mais je m’apprête à découvrir le deuxième groupe chilien programmé cette année.

C’est habitée d’une vive curiosité que je me dirige vers la scène du chapiteau. Je n’ai jamais entendu parler d’Osorezan, et n’ai pas pris le temps d’écouter leur musique avant de venir, ni de lire les informations que le livret du festival donne sur eux. Sans aucune attente particulière, mue simplement par l’envie de découvrir des artistes que je ne connais pas, je me laisse porter par les longues compositions du groupe. Tandis que les jeux de lumière se déclinent dans de chaudes teintes orangées, les six musiciens s’emploient avec soin à faire chanter leurs instruments. Guitares, basse, clavier, batterie et violon se répondent en harmonie.

Et puis tout à coup, de la curiosité au bercement savoureux du voyage, je me retrouve emportée par un enthousiasme exalté. Les reliefs sonores se font de plus en plus saisissants. L’harmonie se distend au profit de dissonances troublantes. Les rythmes se décrochent et s’enflamment. Les nappes mélodiques s’enchevêtrent jusqu’à la folie. Et c’est bientôt face à un mur de déflagrations sonores à la fois originales et intenses que l’auditoire encore clairsemé de ce début de journée doit faire face. La surprise est aussi phénoménale qu’inattendue. Et s’achève dans un tourbillon de larsens. Superbe.

Sans nul doute ma plus belle découverte du festival.

Le premier album d’Osorezan vient tout juste d’être réédité dans une version remasterisée, et je vous le recommande vivement.

A écouter, « Osorezan (remastered) » :

Bandcamp : https://osorezan.bandcamp.com
Facebook : https://www.facebook.com/osorezanbanda/

Am Fost La Munte Și Mi-a Plăcut (Post-Rock – Roumanie)

Après une déflagration aussi inattendue dans mes tympans, il me faut quelques temps pour reprendre mes esprits. Je me repose donc une petite heure devant le réfectoire, duquel se répandent les odeurs d’une délicieuse cuisine locale, avant de prendre place de nouveau dans la forêt.

J’ai beaucoup entendu parler des Roumains de Am Fost La Munte Și Mi-a Plăcut, et j’ai hâte de découvrir leurs morceaux en live. C’est à un post-rock plutôt traditionnel que se livre le quartet, mais il le réalise avec soin. Ici se déploient progressivement des paysages sonores centrés autour de guitares à la fois atmosphériques et percutantes. Les mélodies y sont ciselées, les effets soignés, et l’ensemble est fort d’une belle énergie.

A écouter, « La Deal » :

Bandcamp : https://aflmsmp.bandcamp.com
Facebook : https://www.facebook.com/aflmsmp/

Staghorn (Post-Rock / Post-Metal – USA)

Une rapide incursion sous le chapiteau pour écouter quelques notes des Brésiliens de Labirinto, et me voilà de retour dans la forêt, confortablement installée sous les arbres pour retrouver un trio cher à mon coeur, Staghorn.

La prestation parisienne des Américains est encore fraîche dans mon esprit, et je me réjouis de les entendre de nouveau, dans un cadre qui leur convient à la perfection. Car Staghorn dit de la forêt qu’elle est son sanctuaire. Un lieu de paix pour l’esprit, un lieu de communion avec la terre. Le groupe y tourne ses vidéos, et y trouve l’inspiration pour sa musique. Nul cadre plus approprié donc pour déployer ses compositions en forme de symphonies modernes vibrantes et immersives, aussi inspirantes qu’inspirées.

Tandis que le vent fait délicatement bruisser les branches des sapins, Staghorn peint ses foisonnants paysages. A la faveur d’une seule longue et belle pièce, faite de reliefs savoureux, le groupe déploie un bijou de post-rock sensible, élégant et habité, ode à la préservation de la nature et du monde. En intensité et en délicatesse. De l’harmonium intrigant à l’envoûtant bol tibétain. De voix samplées en guitares ciselées. De rythmes délicats en explosions effrénées. De silences en tonitruances. De tonitruances en silences. Sublime.

A écouter, « Wormwood III » :

Bandcamp : https://staghorn.bandcamp.com/
Facebook : https://fr-fr.facebook.com/wearestaghorn/

Coastlands (Post-Rock – USA)

« Nous sommes trois mecs anxieux qui, sans la musique, seraient une flaque de dépression. Notre espoir est que vous puissiez trouver la sécurité et le repos dans notre musique », c’est ainsi que se présente Coastlands dans son interview donnée à David Zeidler pour « The Stargazer », le magazine du Dunk! Festival. Ce jeudi à Zottegem, c’est mon premier concert de Coastlands. Et ce sera une autre très belle découverte.

Sur son Bandcamp, le groupe définit sa musique comme un rock instrumental triste. Le trio délivre en effet des compositions donnant la part belle à l’obscurité, mais habitées sur scène d’une énergie à couper le souffle. Riffs de guitares lourds et puissants, percussions grondantes et crescendos pourvoyeurs de belles émotions. L’ensemble, porté par des jeux de lumières en clair-obscur, sur le fond desquels se dessinent les ombres affairées des musiciens, est à la fois intense, percutant et ciselé à souhait.

« The Further Still » est paru il y a quelques mois chez Dunk! Records, et je vous le recommande chaudement.

Pour découvrir l’album :

Bandcamp : https://coastlands.bandcamp.com/
Facebook : https://www.facebook.com/coastlandsofficial

This Patch Of Sky (Post-Rock – USA)

Une petite heure plus tard, c’est une autre formation américaine qui investit le chapiteau. Celle-ci me tient à coeur, en témoigne le tee-shirt à l’effigie du groupe que j’arbore fièrement depuis mon départ de Paris le matin. This Patch Of Sky est de ces groupes dont les albums ont toujours figuré en bonne place parmi mes chroniques de petite blogueuse. De son post-rock instrumental aux paysages orchestraux à la fois vastes et délicats, développant avec brio l’art des silences et des envolées sonores fantastiques, il a toujours su m’enchanter. Je suis donc ravie de découvrir enfin le quintet sur scène, par les bons soins du Dunk! Festival.

A la faveur de jeux de lumières scintillants, dont on dirait qu’ils enveloppent le groupe de mille constellations étoilées, les compositions des Américains semblent s’envoler vers les cieux. Portées par un violoncelle ensorcelant, elles se déploient en majesté, tout en portant un soin infini aux détails, et captivent à la perfection.

Avec ce concert, This Patch Of Sky confirme qu’il sait conjuguer avec talent tout ce que j’aime dans le post-rock. Ses influences de musique classique, ses longues et belles constructions mélodiques, ses crescendos délicats, ses explosions d’émotions délicieusement grandiloquentes. Un régal.

A écouter, « These Small Spaces » :

Bandcamp : https://thispatchofsky.bandcamp.com/
Facebook : https://www.facebook.com/thispatchofsky

Celestial Wolves (Post-Metal – Belgique)

C’est encore sous le charme de tous ces beaux moments que je me dirige enfin dans la forêt, pour mon dernier concert de la journée. J’avais découvert les Belges de Celestial Wolves sur scène lors de leur passage il y a quelques mois à Paris, au Supersonic, et c’est avec joie que je les retrouve ce soir.

Des spots verts, blancs et bleus illuminent les branches des arbres que la nuit a rendues fantômatiques. Le groupe, dont le guitariste Joris est très actif dans l’équipe organisatrice du festival, déploie ses compositions denses et acérées devant un public attentif et comblé.

Un set fort d’une énergie remarquable, et une belle manière de clore cette première journée riche en émotions.

A écouter, « Call Of The Void » :

Bandcamp : https://celestialwolves.bandcamp.com/
Facebook : https://www.facebook.com/celestialwolves

Mes live reports des deuxième et troisième journées du festival à retrouver ici très bientôt.

Eglantine / Totoromoon

 


7 réflexions sur “Totoromoon au Dunk! Festival 2019 – Jour 1

  1. Merci pour l’écriture journalistique / sensible / sensorielle / authentique / captivante / détaillée / émotionnelle / enthousiasmante / enrichissante / et bien plus encore… / qui témoigne d’une grande élégance et qui transmet jusque loin les vibrations en sachant incarner sonorités et espaces de musicalités. Merci pour ce régal.

      1. You’re welcome

        Hâte de lire une prose prochaine et de déguster d’autres pépites musicales.

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