Totoromoon au Dunk! Festival 2019 – Jour 2

Les nuages de la veille ont disparu pour laisser place à un ciel clair en cette deuxième journée de Dunk! Festival. Treize groupes sont de nouveau attendus, de 13h à 00h30, en alternance sur les deux belles scènes du festival. Comme l’année dernière, je décide de ne pas assister à tous les concerts, mais de me concentrer sur ceux qui m’intéressent le plus afin de ne pas avoir à me presser d’une scène à l’autre, de ne pas accumuler de la fatigue inutilement… et de réserver mes tympans pour des moments de délectation musicale totale.

Wanheda (Post-Rock / Post-Metal – Belgique)

Jeune quintet né à Louvain, Wanheda m’avait envoyé son premier album l’année dernière. J’avais pris plaisir à chroniquer ce dernier, mais n’avais pas encore eu l’occasion de découvrir le groupe en live. Chose faite désormais, par les bons soins du Dunk! Festival.

Wanheda dit de sa musique qu’elle est faite de chansons mélancoliques venues d’un espace sombre et confiné. Mais si la mélancolie est bien présente, les post-rockeurs belges savent aussi ménager des rayons de lumière. Dans son premier album, Wanheda fait de superposer les couches de guitares, de basse, de percussions et de claviers pour peindre une catastrophe née de l’humanité. Basé sur le concept d’explosion cambrienne, « The Cenozoic Implosion » parle ainsi d’une implosion dramatique engendrée par l’espèce humaine qui, de son égoïsme, est venue mettre en danger tout l’écosystème né à l’ère cénozoïque. Quoi de plus approprié donc que la scène de la forêt pour ce groupe soucieux du monde qui l’entoure et du soin à porter à une nature que l’homme ne devrait pas tenir pour acquise ?

Se réclamant à la fois du post-rock et du post-metal, le groupe marie des effluves aériennes et des sons très denses. Ce mariage, déja bien présent sur disque, prend une toute autre dimension en live, où les jeunes Belges déploient de très belles salves d’énergie, contrastant à bonheur avec de doux moments introspectifs. Une très belle manière d’ouvrir pour moi cette nouvelle journée de concerts.

A écouter, « The Cenozoic Implosion » :

Bandcamp : https://wanhedaband.bandcamp.com/
Facebook : https://www.facebook.com/wanhedaband

Baulta (Post-Rock – Finlande)

Sans transition, je me dirige ensuite vers le chapiteau pour le concert des Finlandais de Baulta. Ce sera mon deuxième concert du jour et le seul qui sera une surprise pour moi car, bien que le groupe ait déjà trois albums à son actif, je ne le connais pas du tout, contrairement aux autres artistes que j’ai prévus d’écouter ce jour-là. Mais ce que j’en ai entendu autour de moi m’a donné envie de le découvrir, et je ne le regrette pas.

Actif depuis 2011, Baulta officie dans un post-rock aérien, centré sur des mélodies ciselées à l’origine de belles émotions. Fort d’un sens du drame remarquable, la formation finlandaise déploie sur scène de belles compositions sans paroles, où seules chantent les guitares dans des pièces aux nuances réussies et aux textures savoureuses.

A écouter « Any Fool Can Regret Yesterday » :

Bandcamp : https://baulta.bandcamp.com
Facebook : https://www.facebook.com/baultamusic/

Pillars (Post-Rock – USA)

Je reste ensuite sous le chapiteau pour les trois concerts suivants, que j’attends tous avec impatience. Le premier qui ouvre ce beau triptyque est celui des Américains de Pillars, dont j’ai eu la chance de découvrir le nouvel album en avant-première il y a quelques semaines, et qui m’a immédiatement séduite.

Après un premier opus remarqué paru en 2017, Pillars a poussé son processus de création encore plus loin avec « Cavum », sorti tout juste quelques jours avant la venue du groupe au festival. Pour ce deuxième album, le quatuor d’Indianapolis explique qu’il a voulu sortir de sa zone de confort, et explorer de nouvelles manières de composer en remettant sans cesse en question sa créativité. A la lumière des six belles pièces qui composent « Cavum », il est d’ores et déjà aisé d’affirmer que le pari est réussi. Bien plus, lorsque l’on découvre le groupe sur scène, il est aisé d’affirmer qu’il surpasse toutes nos espérances. La basse, centrale, y est magnifiquement puissante. La batterie et les guitares s’y joignent dans des nappes épaisses, peignant l’obscurité mieux qu’aucunes autres, au fil de compositions épiques et passionnées. Dans son interview au « Stargazer », Nason Frizzell, bassiste du groupe, dit qu’il espère que la passion et l’expérience que Pillars apporte sur scène traduisent avec justesse son admiration et son respect pour la musique, conférant toujours davantage d’émotions à son public. Une magnifique réussite.

« Cavum » vient de paraître chez Dunk! Records et A Thousand Arms, et je vous le recommande vivement.

Pour le découvrir :

Bandcamp : https://pillarstheband.bandcamp.com/
Facebook : https://www.facebook.com/pillarstheband

Wang Wen (Post-Rock – Chine)

Quelques jours à peine après sa prestation au festival Post In Paris, je suis heureuse de retrouver mes post-rockeurs chinois favoris sur la grande et belle scène du Dunk! Festival.

Là où rock, post-rock, jazz et musique chinoise se rencontrent, se trouve Wang Wen. S’il est un groupe qui n’en finit pas d’enchanter et de réinventer le genre, c’est bien lui. A la faveur de ses 20 ans de carrière, 10 albums audacieux et une foule de concerts intenses, le sextet de Dalian, maître incontesté du post-rock en Chine, a su se faire une place de choix sur la scène internationale. Guitares à la fois délicates et acérées, basse hypnotique, claviers éthérés, cuivres ensorcelants et cordes enchanteresses se marient ici pour donner le jour à des compositions d’une beauté épique à couper le souffle, riches d’expérimentations sonores captivantes et soignées. Les constructions mélodiques sont escarpées juste ce qu’il faut, les orchestrations audacieuses, la maîtrise technique parfaite et les émotions déployées aussi intenses que variées.

Sous le chapiteau du Dunk! Festival, c’est avec un panache toujours imparable que ce magnifique géant du genre a déployé les compositions de son dernier album, « Invisible City ». Pour cette date au cadre unique, et étant donné que cet album n’a pas trouvé autant grâce à mes yeux que les précédents opus du groupe, auxquels je voue un amour infini, j’espérais une setlist différente de la setlist parisienne. Mais, du premier au dernier morceau, il n’en fut rien. Cette setlist rigoureusement identique m’a, je l’avoue, laissée sur ma faim. J’aurais vraiment aimé davantage de vieux morceaux dans le set des post-rockeurs chinois. Toutefois, leur prestation n’a pas manqué de procurer d’intenses et riches émotions à un public attentif et charmé. Forts d’un son parfait et d’un jeu de lumières superbe, guitares, claviers, machines, percussions, tuba et trompette se sont une fois de plus mariés à la perfection dans un live remarquable de maîtrise et de beauté.

A écouter, mon album préféré du groupe, « Sweet Home, Go ! » :

Bandcamp : https://wangwen.bandcamp.com/
Facebook : https://www.facebook.com/wangwencn

A Swarm Of The Sun (Post-Rock / Post-Metal – Suède)

A peine le concert de Wang Wen terminé, je me colle contre la barrière qui fait face à la scène afin d’être aux premières loges pour l’un des concerts que j’attends le plus de cette édition du Dunk! Festival, celui des post-rockeurs suédois de A Swarm Of The Sun.

La musique de A Swarm Of The Sun est de celle qui fait oublier les lieux et les objets. Qui captive. Qui bouleverse. Par la force de ses pièces patiemment et méticuleusement construites, elle transporte et ébranle, portant le désespoir en étendard de la manière la plus délicieusement cathartique qui soit. Depuis le début de l’année, « The Woods », quatrième album du duo suédois, n’en finit pas de tourner en boucle chez moi. Compagnon des heures sombres, il est de ces albums à la fois noirs et sensibles, qui vous saisissent. Qui vous empoignent. Qui vous emportent avec eux, au creux d’une atmosphère brumeuse, épaisse et singulière.

Sur scène, Jakob Berglud et Erik Nilsson sont entourés de quatre musiciens. Ensemble, ils déploient de longues et belles pièces, en forme de longue et lente plongée dans d’insondables abîmes. Aussi tristes que beaux. Aussi paradoxalement terrifiants que réconfortants. De la simplicité de quelques notes de piano, à la tonitruance d’abrasions de guitares, en passant par la solennité ample de l’orgue, chaque morceau se déploie en majesté. Et puis, au détour de l’explosion d’un silence, guitares, basse, claviers et percussions se taisent pour laisser place à l’envoûtement d’une voix discrète et caressante. Par la grâce de l’émotion du musicien, dont les mains tremblent sur le micro, cette voix se détache ici dans un murmure, venant délicatement percer l’obscurité. Doucement, lentement, sûrement, A Swarm Of The Sun envoûte un auditoire conquis. Superbe.

Sans conteste l’un des plus beaux concerts du festival, et le plus émouvant.

A écouter, « The Woods » :

Bandcamp : https://aswarmofthesun.bandcamp.com/
Facebook : https://aswarmofthesun.bandcamp.com/

Wrekmeister Harmonies (Experimental / Doom – USA)

Il me faut un moment pour reprendre mes esprits après de si intenses émotions. Je décide donc de quitter le chapiteau pour aller dîner. Et, par la magie du Dunk! Festival, je me retrouve à déguster mon assiette de boulettes sauce tomate à côté de l’un des artistes que j’admire le plus au monde : Efrim Manuel Menuck. Voilà près de vingt ans qu’Efrim, membre fondateur de Godspeed You! Black Emperor et de Silver Mt Zion, enchante de sa musique et de sa voix mes jours et mes nuits. Il me faudra encore attendre quelques minutes pour le retrouver sur scène, pour le dernier concert de cette journée.

Pour l’heure, c’est à l’intrigante formation américaine Wrekmeister Harmonies d’investir la forêt. J’avais eu l’occasion d’entendre J.R. Robinson et Esther Shaw à Paris, lors d’un concert donné à l’Espace B l’année dernière, et je suis impatiente de les retrouver au creux de ce décor nocturne propice au mystère, bercé du souffle du vent et du bruissement des branches d’arbres, qui leur sied à merveille.

Pour J.R. Robinson, la vie est un long processus de dégradation progressive. La légèreté et la clarté sont vouées à disparaître dans les ténèbres. L’innocence à succomber aux maux de la société moderne. Sa musique reflète non seulement cette vision du monde mais aussi sa réponse traduite en émotions. Pessimiste. Sombre. Magnifiée de l’intensité du désespoir.

Sur scène, d’une voix caverneuse et d’un violon enragé, J.R. Robinson et Esther Shaw captivent à la perfection. Cette dernière passe du clavier au violon avec une aisance déconcertante, déployant des boucles aussi sinistres et inquiétantes que magnifiques. A la croisée du drone, du doom, du post-rock et de la musique expérimentale, le duo peint une atmosphère de fin du monde remarquablement singulière, qui réussit l’exploit d’être à la fois terrifiante et apaisée. Une troublante et mémorable expérience, à vivre absolument.

A écouter, mon album favori du groupe, « Light Falls » :

Bandcamp : https://wrekmeisterharmonies.bandcamp.com/
Facebook : https://www.facebook.com/Wrekmeister-Harmonies-191242157723709/

Efrim Manuel Menuck (Post-Rock / Experimental – Canada)

Quelques minutes plus tard, sonne l’heure des retrouvailles avec mon idole. C’est à Efrim Manuel Menuck qu’il revient de clore cette deuxième journée de festival, et je n’ai aucun doute de son habileté à le faire avec brio.

Sur les ruines du monde, s’élève la musique sans paroles de Godspeed You! Black Emperor. Depuis plus de 20 ans, le collectif montréalais souffle avec talent son vent de révolte sur la scène musicale internationale. Une révolte non violente, avec pour seul porte-parole sa musique sensationnelle et engagée. Souvent imitée, source d’inspiration pour beaucoup d’autres, elle demeure forte d’une singularité et d’une majesté inégalées. Pendant rock du post-rock de Godspeed, intégrant énormément de voix, la formation montréalaise Silver Mt Zion produit quant à elle un son abrasif mêlant brillamment force et douceur, méticuleuses constructions et chaos. Considérant que la musique n’a pas à obéir à des règles, Efrim Manuel Menuck, membre fondateur de ces projets et voix inimitable de Silver Mt Zion, aime les expérimentations et la liberté… et qu’on aime l’effet produit ou qu’on le déteste, on a forcément quelque chose à en dire.

Pour ma part, et il m’est impossible d’expliquer pourquoi, je suis depuis toujours hypnotisée par cette musique à la fois présente et absente au monde, et par chaque résonance de cette voix magnétique et déchirante.

Ce soir, c’est avec son projet solo qu’Efrim est venu se produire au Dunk! Festival. Et à la faveur d’une scène recouverte de câbles et de machines, c’est accompagné d’un unique musicien qu’il déploie ses compositions minimalistes et singulières. De sa voix incantatoire et habitée, il intrigue autant qu’il envoûte. De la colère et l’apaisement. Des ténèbres à la lumière. De brasiers explosifs en longues déclarations emphatiques, les morceaux se déroulent, répandant sur leur passage une fièvre contagieuse. Dans l’auditoire, les uns se tiennent debout, immobiles et captivés, les autres sont allongés, bras et jambes étendus sur le plancher, hypnotisés.

Un étourdissement des sens fascinant, et une parfaite fin de journée.

A écouter, « Pissing Stars » :

Bandcamp : https://efrimmanuelmenuck.bandcamp.com/

Mon live report de la troisième journée du festival à retrouver ici très bientôt.

Eglantine / Totoromoon


4 réflexions sur “Totoromoon au Dunk! Festival 2019 – Jour 2

  1. Impressionnant. Et ça fait une sacrée diversité en une seule journée !
    J’aurais besoin de me documenter sur le math rock et le math metal, quels sont les sites de référence là-dessus ?

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