ANOZEL The Eternal Sunday

J’aime les choses discrètes. J’aime les jardins secrets. J’aime les humains qui prennent leur temps et ne se laissent découvrir que doucement.

En musique aussi, j’aime plus que tout les disques qui se savourent petit à petit. Dont chaque nouvelle écoute est différente, révélant un nouveau détail inaperçu la première fois, soulevant une nouvelle émotion qu’on n’attendait pas.

« The Eternal Sunday » d’Anozel est de ceux-là.

Je l’ai aimé la première fois. Je l’ai aimé un peu plus la deuxième. Et encore un peu plus la troisième fois. Je ne compte à présent plus les écoutes que j’en ai faites. Et c’est toujours un peu plus d’amour à chaque fois.

Le quatuor nancéen excelle dans l’art de brouiller les pistes. Des guitares entre folk, noise et post-rock. Des voix entre slowcore et hardcore. Des claviers réverbérés, des rythmes chaloupés. Un univers singulier, au charme sans pareil. 

Les musiciens d’Anozel, F., O., A. et M., comme ils aiment qu’on les appelle, ont enregistré « The Eternal Sunday » pendant le confinement, chacun dans sa demeure respective, avec les moyens du bord. Les voix ont été enregistrées dans une voiture, dans laquelle il a fallu se réfugier pour échapper aux foudres de voisins excédés. Les pochettes ont été réalisées une à une à la main. L’album n’a pas été masterisé. Il est ainsi resté tel qu’en lui-même, brut et riche d’une authenticité absolument inégalée. Sans aucun doute mon album coup de coeur de l’année.

Les sept morceaux du disque sont datés des jours de leur apparition au monde : du 21 mars au 11 mai, alors que la vie était à l’arrêt.

Anozel raconte. Le jour du printemps de cet an de grâce 2020, où devait sortir un disque. Il raconte le 16 mars, où tout est tombé à l’eau. Il raconte son choix de finalement sortir un titre inédit le jour J. Il raconte que c’est d’un abîme d’alcool et de désemparement qu’a émergé un premier morceau, pur produit de sincérité crue. La suite s’est déroulée toute seule. Les morceaux se sont succédé. Isolés ensemble. Et extraordinairement beaux dans la fragile imperfection de leur enregistrement.

« Ce disque, c’est le résultat des 56 jours qu’auront duré le confinement. Tout ce bordel, bourré d’anecdotes grotesques, est gravé avec amour sur ce disque. »

Sans doute est-ce cet amour qui est venu m’éclabousser, puis me submerger totalement, à l’écoute de cet ovni musical bouleversant de candeur, de rage et de beauté.

La voix féminine d’Olga, puis celles de Florian et son fils Aliocha, s’invitent sur certains morceaux du disque, et notamment sur le magnifique Kurtz qui le clôt. Kurtz aka the end of the world is almost over and it was not as good as expected. Ces textes, empruntés à Christian Bobin, qui viennent foudroyer le coeur. Ces cris qui viennent fendre l’âme. Ces sonorités de guitares qui ébranlent. Cette perfection d’émotion qui fait jaillir les larmes sans qu’on s’en rende compte.

La mélancolie se lève chaque matin une minute avant moi. Elle est comme quelqu’un qui me fait de l’ombre, debout, entre le jour et moi. Tu sais ce que c’est, la mélancolie ? Tu as déjà vu une éclipse ? Eh bien c’est ça. La lune qui se glisse devant le coeur, et le coeur qui ne donne plus sa lumière. La nuit en plein jour. La mélancolie, c’est doux, c’est noir. Il y a quelque chose de puéril dans la mélancolie. On veut punir la vie parce qu’on estime qu’elle nous a puni. J’apprends chaque jour ainsi…

Sublime.

Il a été édité 56 CD numérotés de « The Eternal Sunday », un par jour de confinement. Ils sont disponibles depuis le 5 septembre, ainsi que l’album au format numérique, via Wild Bless You! Records.

Pour découvrir l’album :

Tracklist :

  • 21/03 – 25
  • 25/03 – Metz
  • 30/03 – Cheptel
  • 04/04 – Bleu
  • 09/04 – Grès
  • 25/04 – A few weeks ago
  • 11/05 – Kurtz aka the end of the world is almost over and it was not as good as expected

Bandcamp : https://anozel.bandcamp.com/
Facebook : https://www.facebook.com/anozelmusic

« The Eternal Sunday » chez Wild Bless You! Records : https://welcometothechapel.bandcamp.com/album/the-eternal-sunday

Eglantine / Totoromoon

Anozel – La Colline, Nancy, 5 septembre 2020

Une réflexion sur “ANOZEL The Eternal Sunday

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