SURE 20 Years

Quand le présent semble absurde. Quand le futur semble tendre ses bras vers d’inexorables catastrophes. Quand l’esprit est, inlassablement, balloté d’une temporalité à l’autre. Tel est le monde que SURE peint à travers sa musique. Faisant danser ses notes dans l’obscurité. Exhumant les meilleures heures d’une cold wave sombre et obsédante.

SURE c’est Nicolas Di Vincenzo, Gregory Hoepffner et Michael Szpiner. Trois amis que les étranges coïncidences de la vie ont mené au même endroit, dans « la cave ». Lieu de fête fantasmé. Noir comme le post-punk et décomplexé comme la pop. Lieu de perdition aux voûtes poisseuses. Mais aussi véritable abri.

Il y a quelques semaine, la formation parisienne donnait naissance à « 20 Years », un premier album aussi noir et beau qu’une nuit sans lune. A savourer en dansant seul, et les yeux fermés. Lire la suite

BRAVERY IN BATTLE The House We Live In

En juin 2016, au Café de la Danse, je découvrais sur scène « The House We Live In », projet du collectif français Bravery In Battle. Expérience musicale et visuelle à la fois inédite et fascinante, « The House We Live In » interroge nos liens à la nature et au monde.

« Comment un groupe de musique peut-il parler des enjeux environnementaux ? », telle est la question à laquelle tente de répondre Bravery In Battle. Depuis de longues années, ce collectif qui dit se sentir à l’étroit dans l’utilisation de la musique comme moyen d’expression, cherche à abolir les frontières des genres et à créer des ponts entre des médiums et des disciplines qui se rencontrent rarement. « The House We Live In » marie ainsi la musique, la poésie, la voix parlée, la vidéo live, le post-rock, les instruments classiques, les sciences, l’écologie politique et le documentaire, en mettant à la fois en musique et en images des témoignages d’hommes et de femmes engagés, de la manière la plus audacieuse qui soit.

Ce beau projet, mûri de longue date, prend enfin forme cette année avec la publication d’un livre-photo contenant un CD et un DVD, et le retour de la formation sur scène lors de vidéo-concerts inspirés.

Et l’heure n’est-elle pas, ces jours-ci plus qu’aucun autre, propice à faire naître en chacun une volonté de repenser son rapport au monde et aux autres ? Lire la suite

HEKLAA Pieces Of You vol. 2 The Voices Works

Il m’arrive, quand je tombe d’amour pour un morceau de musique, de l’écouter pendant des heures. De l’écouter, et de le réécouter, encore et encore. Comme si je cherchais, non à l’user jusqu’à la corde et à m’en écoeurer, comme mon entourage me l’a souvent asséné sous forme de prédiction implacable, mais plutôt à en absorber toute la substantifique moelle. A en saisir l’essence. A me délecter du moindre détail. Et à faire durer le plaisir, encore et encore.

Mais j’ai beau faire partie de ces personnes qui aiment être amoureuses, ce phénomène de coup de foudre musical ne se produit pas si souvent. Or il se trouve que, sur chacun des albums signés heklAa, ce phénomène, d’une merveilleuse étrangeté, s’est produit pour moi à chaque fois.

Il y a d’abord eu ce « Songs In F », petit EP déposé dans ma boîte à lettres il y a six ans. Quelques mois plus tard, « My Name Is John Murdoch » est venu le rejoindre dans ma discothèque. Puis, l’année suivante, est apparu « Pieces Of You vol. 1 The Piano Works ». En voyant Totoromoon mentionné à l’intérieur de la pochette du disque, au milieu des petites lignes de remerciements que je lis toujours, mon coeur a bondi. Car quoi de plus émouvant que de se voir citée dans un album dont on est tombée amoureuse. Trois ans plus tard, un nouvel EP a vu le jour, « 1491 ». Et enfin, il y a quelques jours, le volume 2 de « Pieces Of You », intitulé « The Voices Works », m’est arrivé alors que je ne l’attendais plus.

Dans chacun de ces disques, des notes sont venues tout droit s’accrocher à mon âme. Discrètement et simplement. Sans en faire des tonnes. Posées là, dans leur plus simple et plus bel appareil, nées de la créativité d’un seul musicien, elles ont fait monter en moi cette sensation indicible d’être face à une évidence. L’évidence d’une beauté parfaitement accordée à une sensibilité, qui touche immédiatement. Et, pour ce que ces notes ont produit en moi, je ne saurai que vous recommander d’écouter l’ensemble des opus signés heklAa, le volume 2 de ces « Pieces Of You », tout juste paru, étant une beauté de plus à ajouter à son oeuvre. Lire la suite

OF THE VINE Left Alone

J’ai toujours trouvé téméraires les groupes de post-rock instrumentaux qui décident d’intégrer du chant à leurs nouveaux morceaux. Souvent, alors que l’on ne s’y attend pas, les voix arrivent comme un cheveu sur la soupe, faisant basculer les beautés aériennes du post-rock dans des mièvreries à la lisière d’une pop qui aurait perdu de son ardeur. Rares sont ceux qui évitent cet écueil. Mais avec « Left Alone », les Américains de Of The Vine prouvent qu’ils sont de ces raretés.

Cinq ans après l’instrumental et délicieux « East-The-Water », les post-rockeurs d’Atlanta sont de retour avec un album pleurant la perte et célébrant la renaissance, sur lequel plane la mélancolie d’une voix poignante et habitée. Un album pour lequel j’ai eu un véritable coup de foudre. Plus audacieux et plus exquis que jamais. Lire la suite

KWOON Alaska & Life

En mars dernier, alors que débutaient les jours de temps suspendu, d’inquiétudes et d’incertitudes, le guitariste Sandy Lavallart, fondateur de Kwoon, dévoilait Alaska, un nouveau morceau signant le retour tant attendu d’une formation parisienne chère à mon coeur depuis ses débuts. Il y a quelques jours, le musicien revenait dévoiler une autre composition, écrite pour sa fille, Life.

L’une, beauté instrumentale onirique et chaleureuse, plane au dessus des glaciers. L’autre, tendre et sensible, est une ode chantée à la vie. Douceurs parfaites de ce mois de mai, elles viennent ensemble se nicher au creux d’un moment parfait de grâce et de poésie.  Lire la suite

BIG WOOL Simple Travel

Au printemps 2017, l’excellent label clermontois Kütu Records m’envoyait « Big Wool », premier album du quintet angevin du même nom. Trois printemps plus tard, Big Wool est de retour avec un nouvel EP. Cinq petits titres d’un folk rock gracieux sur lequel vient planer un violon enchanteur, aussi frais et léger que la brise ensoleillée venue égayer mes journées confinées.

Faussement ingénue, et doucement mélancolique, telle est la musique de Big Wool. « Simple Travel » vient tout juste de paraître, et je vous le recommande vivement. Lire la suite

CASPIAN On Circles

De la musique, il ne se passe pas un seul jour sans que j’en écoute. De la musique, c’est ce qui m’aide à garder les yeux tournés vers un horizon fait d’espoir et de renouveau. Du temps, c’est ce qui me manque en général pour écouter encore plus de musique, ou du moins autant que je le voudrais. Du temps, c’est ce dont je dispose plus que d’habitude, en ces jours suspendus par un virus qui assigne à résidence, de par le monde, bon nombre d’entre nous.

Profiter de ce temps pour découvrir de nouveaux disques. Profiter de ce temps pour réécouter nos disques préférés. Et puis il y a ces disques qu’on avait écoutés un peu rapidement, faute de temps, et à côté desquels on se dit qu’on est peut-être passés. L’occasion est là de leur donner une deuxième chance. Ainsi en est-il pour moi du dernier disque de Caspian.

Moultes fois chroniqués ici, les post-rockeurs américains ont donné naissance à des beautés parmi les plus haut placées dans ma bibliothèque musicale. Caspian et moi, c’est une histoire d’amour longue de près de quinze ans, qui a commencé alors que le groupe donnait naissance à « The Four Trees », son premier album, puis au sublime « Tertia », à peine deux ans plus tard. Des albums qui restent à ce jour parmi mes préférés, sans doute parce qu’ils sont ceux de la découverte d’un son qui m’a d’emblée fait les aimer. Pourtant, la première fois que j’ai écouté « On Circles », mon enthousiasme pour Caspian n’a pas été à la hauteur de ce qu’il était à ses débuts. Mais, à la faveur de ces jours au temps suspendu, j’y suis revenue. Lire la suite

LAAKE « O »

Marcher lentement dans la nuit. Arpenter, seul, les rues désertes. Ecouter chaque pas posé sur le bitume. Sentir l’air frais sur son visage. Ouvrir grand les yeux. S’imprégner des détails de la ville. Avoir l’impression de tout découvrir, comme si c’était la première fois.

Se trouver à l’extérieur. Après s’être cherché à l’intérieur. Le regard et l’âme changés.

C’est ce qui m’est arrivé cette nuit. Alors que j’étais sortie faire quelques pas dans l’obscurité d’un Paris désert. Aussi seule à l’extérieur qu’à l’intérieur. Mais plus vivante que jamais.

Il est un disque qui ne cessera de me rappeler cette nuit. Il s’appelle « O », « O » comme « Orchestraa », et il est signé LAAKE. Il est le premier que j’ai eu envie d’écouter après avoir longuement erré dans ces rues vides. Cette errance et ce vide qui, paradoxalement, sont venu m’emplir d’une plénitude qui m’était jusqu’alors inconnue. Signant le plus beau renouveau qui ne m’ait jamais été donné à moi-même.

Derrière LAAKE se cache Raphaël Beau, un jeune artiste autodidacte et virtuose qui, dans son premier album, marie la musique classique et la musique électronique avec plus d’audace et de ferveur qu’aucun autre. Après deux EP prometteurs, LAAKE vient de donner naissance à « O ». En faisant de l’obscurité sa couleur, « O » réconcilie avec brio l’intérieur et l’extérieur. Il est le compagnon parfait des nuits de renouveau. Lire la suite

WREKMEISTER HARMONIES We Love To look At The Carnage

Cette semaine, je devais assister au concert parisien de la tournée d’adieu de Wrekmeister Harmonies, collectif américain fondé en 2006 à Chicago par J.R. Robinson. Ça devait avoir lieu à l’Espace B. J’avais demandé une accréditation pour pouvoir faire un live report de la soirée. Je comptais acheter le dernier album du groupe sur place, ce soir-là. Et puis patatras. Virus. Angoisse. Confinement. Annulation de tous les événements culturels à venir, pour une durée indéterminée.

Hier soir, j’ai donc acheté l’album dans sa version numérique, sur Bandcamp. Puis je l’ai écouté, écouté et réécouté encore, toute la nuit, en me demandant comment j’allais trouver les mots pour parler de ce nouvel ovni musical.

Ce que j’ai toujours aimé chez Wrekmeister Harmonies, c’est cette capacité à déployer une atmosphère de fin du monde qui réussit l’exploit d’être à la fois terrifiante et apaisée. « We Love To Look At The Carnage » est ainsi de ces disques apocalyptiques parfaits à écouter ces jours-ci, en regardant depuis sa fenêtre, lors d’une nuit d’insomnie, les rues désertées de Paris. Une expérience musicale méditative, sombre et immersive, qui ravira les auditeurs les plus avertis. Lire la suite

IIAH Terra

iiah, ce sont les quatre lettres qui ont été choisies par une bande d’amis australiens, en 2012, pour nommer leur formation. Quatre lettres qui, à l’époque, devaient façonner un son, et voulaient à la fois tout et ne rien dire. Quatre lettres qui, au fil des ans, sont venues résonner en chacun des membres du groupe pour faire sens. Pour Matthew Stedman, le batteur du groupe, elles représentent dans le même temps l’inconnu, l’isolement, l’aspiration et l’espoir. Pour lui, ces quatre lettres sont devenues un mot presque spirituel, un sentiment, une émotion. Ces quatre lettres, à l’image des pièces de musique composées par le groupe, il revient à chacun de se les approprier, telle une toile encore vierge de toute création, sur laquelle s’ouvre le champ des possibles. 

Il y a quelques jours, ceux qui sont devenus, avec le temps, l’une de mes formations australiennes préférées, étaient de retour. Avec « Terra », leur troisième album, les talentueux iiah affirment toujours un peu plus leur identité de musiciens amoureux de rock, de post-rock, d’ambient et de shoegaze, mais aussi de voyages et de grands espaces. De sa pochette sur laquelle un être en regarde un autre s’élever au-dessus d’une terre fondue dans un ciel étoilé, à chacune des huit pièces qui le compose, « Terra » peint l’émotion d’un voyage enchanté. Un album à la fois plus doux, plus vibrant, et plus émouvant que jamais. Lire la suite