! 600e ! LOUIS JUCKER Kråkeslottet

La vie en noir et blanc.

Il y a les jours noirs. Noirs dehors et noirs dedans. Les jours où j’ai envie de tout envoyer valser. Roulée en boule, larmes dégoulinantes, dans l’obscurité. Les jours de blessures trop vives, de passé trop lourd et d’avenir trop flou.

Il y a les jours blancs. Blancs dehors et blancs dedans. Les jours où j’ai envie de tout croquer. Combinaison à fleurs, soleil au zénith et parfum de muguet. Les jours d’espoirs fous, de sourires au coeur et de rêves éveillés.

Du blanc au noir, du noir au blanc. Palpiter. Tomber. Recommencer. Vivre. Vibrer.

Parfois, j’aimerais bien du gris. Je me dis que ça doit être reposant, le gris. Mais au bout du compte, j’en reviens toujours à la saveur intense et contrastée du noir et blanc, même si c’est épuisant.

En musique, c’est pareil. Je tombe d’amour pour les artistes qui parviennent à marier le noir au blanc. Ceux qui savent manier les paradoxes, et mettre des notes troublantes sur mes jours en clair-obscur. Louis Jucker est de ceux là. Echappé de Coilguns et de son punk hardcore de prédilection, le musicien suisse aux multiples projets a récemment donné le jour à des compositions tendues sur un fil. A la fois lentes et urgentes. Intimes et vibrantes. Ecorchées vives et d’un calme olympien.

« Kråkeslottet », le « château du corbeau », est le 600e article que j’écris sur ce blog. Du souffle du vent au froissement d’une bobine qui se déroule, du piano à la cithare, de la machine à écrire à la guitare, il est un album qui semble vouloir à la fois se détacher du temps et le capturer l’espace d’un instant. Triste et lumineux, à fleur de peau, perpétuellement au bord de la rupture, il est venu résonner en moi à m’en faire peur. Et j’espère que vous l’aimerez autant que je l’aime. Lire la suite

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BLANKENBERGE More

Par les bons soins des Russes de Blankenberge, le shoegaze est de retour chez Totoromoon. Pour mon plus grand bonheur et celui de mes tympans. « More » est le deuxième album du groupe. Paru tout juste un an et demi après l’enchanteur « Radiogaze », dont quelques exemplaires vinyles sont encore disponibles chez Elusive Sound, « More » s’inscrit dans la droite ligne de son prédécesseur. Toujours envoûtantes, les ondes brumeuses de guitares saturées et de voix lointaines viennent envelopper l’auditeur, le perdant au coeur d’un voyage dont la destination restera pour toujours une énigme. Onirique et savoureux à souhait. Lire la suite

DEATH CAB FOR CUTIE A Lack Of Color

Depuis 1997, Ben Gibbard et Death Cab For Cutie enchantent l’indie rock américain. Et, depuis quelques mois, un de leurs morceaux enchante mon petit appartement du 11e arrondissement de Paris. Il y vient, les soirs tristes, me remettre la douceur au coeur et la légèreté à l’âme. Il s’appelle A Lack Of Color, et il est extrait de « Transatlanticism », quatrième album du groupe, paru en 2003.

J’ai eu envie de le partager avec vous ce mois-ci, et j’espère qu’il saura ensoleiller vos coeurs comme il ensoleille régulièrement le mien. Lire la suite

STEMS Stars

Projet original fondé par le compositeur britannique John Dorr, Stems aime l’art sous toutes ses formes. Musique, danse, cinéma… tout ce qui touche au coeur, à l’esprit et à l’âme, et défie toute explication. Après un très bel opus paru en 2016, et la mise en musique live de films muets de Georges Méliès, Stems dévoile un nouvel album. A la croisée du post-rock, de la musique classique et d’une forme d’art rock cinématographique, avec l’ambition de toujours créer des liens nouveaux entre instruments classiques et guitares expérimentales, « Stars » s’inspire des étoiles et façonne les cieux mieux qu’aucun autre. Un album à découvrir absolument. Lire la suite

OROUNI Partitions

Projet du talentueux songwriter Rémi Antoni, Orouni est à la pop made in France ce que Belle & Sebastian et The Divine Comedy sont pour moi à la pop britannique. Des joyaux aussi beaux que subtils et délicatement ciselés.

Après « Somewhere In Dreamland », l’EP le plus lumineux de mon année 2017, Orouni est de retour avec un nouvel album. Fort d’une pop toujours gracieuse et gorgée de soleil, candide sans pour autant manquer de sérieux, « Partitions » est sans nul doute l’album le plus ambitieux composé à ce jour par Orouni. Des mélodies accrocheuses, des orchestrations originales, des arrangements soignés. Un album plus riche et plus raffiné que jamais. Lire la suite

LOST IN KIEV Persona

Trois ans après le ténébreux « Nuit Noire », les post-rockeurs français de Lost In Kiev sont de retour avec un troisième album. « Persona » marque un tournant dans la discographie du groupe. Plus cinématographique encore que ses prédécesseurs, plus électronique, plus accessible sans pour autant manquer d’ambition, il est une audace remarquable et réussie. Un très bel album à découvrir. Lire la suite

GRIMLAKE Memories

Il y a cinq ans, je rencontrais pour la première fois Mathieu Legros, alias GrimLake. C’était dans un petit café de Belleville, au printemps. Et c’était une très belle rencontre, musicale et humaine. Il y a quelques jours, GrimLake était de retour avec « Memories », un deuxième album annoncé comme le dernier sous cette forme par l’artiste, mais dont on espère qu’il ne sera que les prémices d’autres beaux projets. Lire la suite

BLAIR CORON On The Nature Of Things

Des fleurs et des feuilles. Du rouge, du jaune, du bleu, du violet, du rose et du vert.

Des violons. Un alto, un violoncelle, une harpe, une flûte, une mandoline, une guitare, un synthétiseur et un piano.

Des violons encore.

Beaucoup.

Et puis tout à coup, des voix.

Tel est le premier album du compositeur écossais Blair Coron, « On The Nature Of Things ». Nouvelle émouvante beauté où musique classique et chansons folk se côtoient de la manière la plus audacieuse et délicieuse qui soit. A découvrir. Lire la suite

STAGHORN Wormwood III

Paris, lundi soir.

Rentrer chez soi à pieds, en façonnant, éveillé, ses rêves de lendemains. Descendre le boulevard Saint-Michel, tourner à droite, boulevard Saint-Germain. Apercevoir une fumée jaune et épaisse se répandre au-dessus des toits. Voir de plus en plus de regards se lever vers le ciel. Continuer à marcher, commencer à s’inquiéter. Saisir peu à peu la stupeur dans les yeux des passants. Avancer sa tête entre deux immeubles. Voir jaillir les flammes. Discerner, dessous, la cathédrale. Sa cathédrale.

Voir Notre-Dame, sa bien-aimée, brûler sous ses yeux.

Sentir son coeur se serrer. Continuer à avancer, un pas chancelant derrière l’autre. Quai de la Tournelle, pont de Sully. Laisser passer les cortèges de sirènes. S’arrêter. Regarder, médusé, l’édifice s’embraser tout entier. La fumée s’épaissir, encore et encore. L’horizon se laisser inexorablement envahir. Le toit s’affaisser, puis la flèche, rougie par les flammes, s’effondrer. Sentir cette fois son coeur se fendre pour de bon.

Se souvenir de ses 16 ans et de son premier Noël de Parisienne, du grand sapin sur le parvis, des lumières dans la nuit. Puis de son entrée, bouche bée, dans la cathédrale. Se souvenir des orgues, des vitraux, des chants, des odeurs de cire et d’encens. Se souvenir de l’amour et des sourires des siens. Pleurer doucement.

Autour de soi, lire l’effroi sur les visages. Puis la tristesse. La tristesse infinie de ce lundi soir à Paris.

Se décider à finir le chemin jusqu’à chez soi, interdite et tremblante. Savourer les secondes de silence succédant aux cris des sirènes. Puis tenter de s’apaiser. Mettre un disque, pour noyer le tumulte et oublier un moment l’épouvante. Choisir « Wormwood III », des Américains de Staghorn, dont le concert à Paris approche, et sur les notes duquel on a depuis longtemps envie de poser des mots.

Un disque fait d’un seul morceau. Un morceau unique, long et beau, tel est « Wormwood III », paru l’année dernière. 23 audacieuses minutes délicieusement intrigantes et immersives. Bijou de post-rock sensible et intense, ode à la préservation de la nature et du monde. Et apaisement parfait. Lire la suite

RICHARD LUKE Everything A Reason

Le 13 avril 2018, Richard Luke était à l’honneur dans ma chronique « douceur du mois », choisie chaque mois pour vous, ici. Le 13 avril 2019, Richard Luke est de retour, et signe une nouvelle beauté d’album néo-classique, que j’ai de nouveau choisi de mettre à l’honneur. J’y ai une fois de plus trouvé la douceur parfaite de ce printemps, et j’espère qu’elle vous plaira comme elle m’a plu. Lire la suite