THE NEW YEAR Snow

Comment faire, quand on est privé d’extérieur, pour ne pas se perdre à l’intérieur ?

Ces derniers jours, après trois semaines passées à me terrer dans les 23m2 de mon petit studio parisien, j’ai commencé à me perdre. Me perdre à l’intérieur de moi. Me laisser submerger par toutes les pensées de tristesse enfouies là, sous le tourbillon du quotidien, mais toujours prêtes à surgir quand le tourbillon cesse. Les angoisses, les échecs et les blessures. 

Mais aujourd’hui, l’air s’est adoucit. Mes fenêtres sont grandes ouvertes. Mes yeux sont tournés vers le ciel bleu. Et j’ai décidé de m’employer à mettre à profit ce temps d’intériorité, plutôt que de le laisser m’engloutir.

Pour ce faire, j’écoute en boucle un album que je viens tout juste de découvrir, partagé par les bons soins d’un ami passionné lui aussi de belle musique. Ces partages privilégiés que nous permet plus que jamais ce temps passé à l’intérieur. Cet album s’appelle « Snow ». Il contient dix chansons d’un rock lent, subtil et enveloppant, fruit de la formation américaine The New Year. Il est aussi riche d’une intemporelle beauté que magnifique de sobriété et de pudeur, et j’espère qu’il saura réouvrir l’horizon de celles et ceux d’entre vous qui, comme moi, l’auraient un temps perdu de vue. Lire la suite

RACHMANINOV Concerto pour piano No.2 en do mineur Op. 18

Il y a quelques années, Nils Frahm lançait la fête du piano, créant pour cet instrument intemporel sa propre célébration, le « Piano Day ». Cette fête se tient tous les ans le 88e jour de l’année, comme les 88 touches noires et blanches qui composent un piano.

En temps normal, de multiples événements sont organisés de par le monde pour célébrer ce merveilleux instrument et ses héros. Mais, en ce 28 mars 2020, le temps, suspendu, est tout sauf normal, et la plupart des événements organisés cette année ont dû être annulés. Qu’à cela ne tienne, rien ne nous empêche de célébrer le piano malgré tout, confortablement installés chez nous.

Pour ce faire, j’ai choisi cette année de partager avec vous l’un de mes concertos pour piano favoris. Il est signé du grand Sergeï Rachmaninov, et il m’accompagne depuis l’enfance, lorsqu’assise sur le large tabouret de velours bleu, haute comme trois pommes du haut de mes sept ans, mes petites lunettes rondes sur les yeux, je commençais à découvrir ce bel instrument. Je l’écoutais alors, en m’appliquant à répéter mes gammes, et en rêvant un jour, quand je serai grande, de parvenir moi-même à le jouer. Il ne m’a, depuis, jamais quittée, et j’espère que vous l’aimerez autant que je l’ai toujours aimé. Lire la suite

LEVI PATEL A Shifting Lightness

Entre les tonitruances de voix et de guitares qui font sortir la rage et hurler, et les douceurs mélancoliques délicates qui font pleurer, ces jours-ci, mon coeur balance. Deux formes de catharsis. Différentes. Complémentaires. Parfaites, chacune à leur manière.

A l’heure où j’écris ces lignes, terrée depuis maintenant 6 jours dans mon petit studio parisien, terrifiée à l’idée de mettre le nez dehors et d’ajouter un nouveau paragraphe à mon historique médical déjà plus que chargé, la tendance est plutôt à la larme à l’oeil. Hier, j’apprenais qu’un membre très cher de ma famille présentait plusieurs symptômes de cette saleté de virus. D’abord, la rage. Du bon post metal à fond dans mon appartement, avec une bonne grosse voix en colère qui sort ses tripes sur mon tapis. Ensuite, l’inquiétude et les prières silencieuses. Du néo-classique au casque au fond de mon lit, avec une bonne dose de violons qui font dégouliner les sanglots.

Depuis hier, et là encore, tout de suite, ma catharsis s’appelle « A Shifting Lightness ». Elle est signée du jeune compositeur Levi Patel, et arrive tout droit de Nouvelle Zélande. Pour l’écrire, Levi Patel s’est isolé pendant dix-huit mois dans une petite ville côtière du nord de l’île. Et de cet isolement solitaire est né une beauté musicale introspective, délicate et apaisée. Lire la suite

UNTITLED WITH DRUMS Hollow

Il est parfois des disques qui arrivent à point nommé dans nos vies. Mettant des sons et des voix sur nos émotions. Traduisant en note à la perfection notre état du moment, et les mots parfois coincés là.

« Hollow », premier album d’Untitled With Drums, fait partie de ces disques arrivés à point nommé dans ma vie. De ceux qui parviennent à mettre en musique ce qui est là, à la fois tout au fond et tout prêt à surgir. A le faire sortir de moi. A le faire hurler. Puis à l’apaiser. Quand ressurgissent les torrents de larmes, les angoisses et la rage enfouis. Quand, une fois encore, la tempête en moi vient torpiller le calme que je m’évertue à garder.

Ce calme que je tente de conserver à grand peine depuis plusieurs jours, terrée dans mon petit studio sur les toits de Paris, yeux rivés vers le ciel pour ne pas perdre pieds, en ne cessant de penser à ceux qui, aujourd’hui, se battent plus que jamais pour sauver des vies, et dont mes frères et soeurs, notamment, font partie.

Untitled With Drums, ce sont cinq musiciens de la scène rock clermontoise. Ils écoutent Slint, Failure et Cave In. Ils aiment le rock alternatif, la noise des années 90 et le post-rock. Et ils parviennent avec talent à faire se marier ces genres dans un album tendu sur le fil de compositions aussi écorchées que subtiles, dont les voix faites à la fois de douceur et de rage viennent m’aider, mieux qu’aucunes autres, à faire sortir de moi tout ce qui a besoin de l’être ces jours-ci. Et j’espère qu’elles sauront avoir cet effet salvateur sur vous aussi.

Lire la suite

AKIRA KOSEMURA Love Is About Daily Leaps

A l’heure où un sale virus est entrain de semer la zizanie de par le monde, et de cloîtrer chez elle et terrifier la petite chose sensible à la santé fragile que je suis, je me dis qu’il faut, plus que jamais, essayer de s’évader dans sa tête en douceur.

Et la musique du talentueux Akira Kosemura est parfaite pour ça.

C’est à Los Angeles, dans les années 90, que se tient la série américaine « Love Is__ ». Diffusée pour la première fois en 2018, elle met en scène deux personnages évoluant dans des univers que tout oppose, mais qui tentent de poursuivre leurs rêves en écoutant leurs coeurs. J’ai beau me dire qu’être en couple n’est pas une fin en soi, qu’y a-t-il de plus magique et de plus beau, dans ce monde souvent incompréhensible, dur et fou qui est le nôtre, que de tomber amoureux ? Le compositeur japonais l’a bien compris et, de piano minimaliste en beautés orchestrales, il le traduit mieux qu’aucun autre dans la somptueuse bande originale qu’il a écrite pour cette fiction inspirée de la vie de Mara Brock Akil et Salim Akil, les deux producteurs de la série.

J’ai trouvé au coeur de celle-ci la douceur parfaite pour s’évader de la grisaille et de l’angoisse de ce mois de mars, et j’espère que vous l’aimerez autant que je l’aime.

Lire la suite

DEAD Dreams

Ceux qui me connaissent le savent, il n’y a pas que le post-rock et le néo-classique dans ma vie amoureuse musicale. En même temps, comment pourrais-je être née l’année de la sortie d’ « Unknown Pleasures », soit l’un des meilleurs albums de tous les temps, et être insensible à la cold wave et au post-punk ? Impossible. Mon année de naissance me prédestinait à aimer pleurer et danser dans l’obscurité au son de Joy Division, The Cure et consorts.

Parmi les héritiers de ce mouvement cher à mon coeur et à mon enfance, il est en France un groupe que j’aime particulièrement. Il s’appelle Dead, il est né à Rennes il y a dix ans, et il ressuscite mieux qu’aucun autre les meilleures heures d’une cold wave sombre et glacée. Après deux EP et un album noirs et savoureux (tous déjà chroniqués ici), Dead a donné le jour cet automne à « Dreams », un nouvel opus aussi ténébreusement captivant que ses prédécesseurs. A découvrir absolument. Lire la suite

JORDANE TUMARINSON Petites Histoires De Mon Enfance

Un nouvel album de piano minimaliste et délicat est arrivé il y a quelques mois dans ma boîte à lettres par les bons soins du pianiste français Jordane Tumarinson. Il s’appelle « Petites histoires de mon enfance » et vient tout juste de paraître chez 1631 Recordings. Tendre, candide et sensible, il porte à merveille son nom, et je vous le recommande. Lire la suite

KEREN ANN Strange Weather

Il paraît que demain, c’est la Saint Valentin. Moultes publicités, vitrines et autres sollicitations commerciales sont là pour nous le rappeler. Difficile donc de l’oublier. Au moment même où j’écris ces lignes, une notification du site « La Fourchette » m’interrompt, en m’envoyant un message contenant « les meilleures adresses sélectionnées par Cupidon », le tout agrémenté d’un petit coeur rouge traversé d’une flèche. Cette flèche qui vient tout droit se planter dans le mien, de coeur, pour me rappeler que moi, d’amoureux, je n’en ai plus depuis longtemps. Encore un bon coup de remuage de couteau dans la plaie, en règle.

Qu’à cela ne tienne, pas besoin de Valentin, ni des sélections gastronomiques de Cupidon, pour avoir envie de célébrer l’amour, chacun à sa manière. Et ma manière préférée, dans ce monde où l’on manque souvent cruellement de douceur et d’amour, c’est d’écouter et de partager des chansons. Alors, même si je ne crois pas qu’il faille le faire ce jour-ci plus qu’un autre, l’occasion est trop belle, écoutons des chansons d’amour. Des chansons d’amour tristes et belles, bien sûr, comme je les aime. De celles qui remuent le coeur, et font sortir toutes les larmes qu’on a en stock à l’intérieur.

La chanson que j’ai choisie pour l’occasion m’est arrivée par les hasards bienheureux du web. De ceux venus des enchaînements, souvent incompréhensibles, de vidéos Youtube. Un jour est ainsi arrivé dans mes enceintes ce Strange Weather, daté de 2011 et pourtant encore totalement inédit pour moi. Le nom de Keren Ann me disait bien quelque chose, mais j’aurais alors été bien incapable de citer ne serait-ce qu’une seule de ses compositions. Toujours est-il que ce morceau, de sa voix soyeuse et de ses vibrations de thérémine saisissantes, est immédiatement venu s’accrocher à moi. Et, depuis, ses crescendos déchirants n’en finissent pas de revenir me hanter. Il est la douceur émouvante que j’ai choisie pour vous en ce mois de février, et j’espère que vous l’aimerez autant que je l’aime. Lire la suite

TRISTAN ECKERSON Decades

Trop sensible, trop émotive, trop discrète aussi. Trop trop trop. Toujours trop. Jamais comme il faut.

Etre sensible, être émotive, être discrète, oui. Mais gare à vous si vous l’êtes trop. Ou quand ces qualités que l’on pense avoir deviennent, dans le regard réprobateur des autres, de vilains défauts.

Moi, j’aime être sensible, j’aime être émotive, j’aime être discrète. J’ai eu beau vouloir me forcer à plus d’exubérance, d’imperméabilité et d’indifférence, c’est ainsi que je suis faite. Le suis-je trop ? Sans doute. Mais j’ai fini par l’accepter. Ça et tous les désagréments qui en découlent indéniablement.

Alors oui, quand j’ai écouté le nouvel album de Tristan Eckerson, j’ai pleuré. J’ai eu beau vouloir me mettre dans la peau d’une chroniqueuse sérieuse qui, quand elle écoute pour la première fois un disque qu’on lui demande de chroniquer, doit faire preuve d’un sens critique impartial et aiguisé, j’ai pleuré quand même. Parce que je suis comme ça. Je pleure quand quelque chose, à un instant précis, me touche et résonne en moi, d’une manière ou d’une autre. Et le minimaliste et délicat « Decades » de ce jeune pianiste américain m’a immédiatement touchée. Lire la suite

PATRICK WATSON Wave

Se faire renverser par une vague. Réaliser que tout ce qu’on a dans la vie peut être effacé en un instant. Ne pas se noyer pour autant. Et apprendre à se chanter des chansons d’amour quand personne d’autre ne le fera, pour revenir au monde, tout doucement.

« Wave » est le sixième album de Patrick Watson. Il est aussi le plus personnel et le plus intime jamais écrit par le songwriter québécois et son groupe. Un petit bijou de mélancolie tendre, sur la perte et sur l’amour, que je ne me lasse pas d’écouter et réécouter depuis plusieurs semaines, paisiblement. Lire la suite