HANIA RANI Home

C’est entre Varsovie et Berlin qu’Hania Rani partage sa vie. Après de nombreuses et prestigieuses collaborations, et alors qu’elle compose aussi bien pour les cordes et le piano que pour la voix et l’électronique, l’envie la saisit un jour d’explorer plus avant l’ensemble des possibilités harmoniques du piano et d’en interpréter les sons à sa propre manière. De cette fascination pour un instrument riche de multiples facettes sonores, capable de s’adapter à tous les genres et de raconter toutes les histoires, est né « Esja », un premier album de piano personnel et délicat, paru l’année dernière et dans lequel elle confie se livrer tout entière.

En ce début d’été, la jeune artiste est de retour avec un nouvel album. Au piano épuré d’ « Esja », répond celui de « Home ». Comme le second tome d’une même oeuvre, et bien que sur le piano dépouillé du premier s’envolent cette fois par endroits un chant fragile et des touches d’électronique, « Home » se déploie dans la continuité d’une phrase qui doit ici trouver son achèvement.

Sans artifices, pudiques, et toujours mues d’une éblouissante sensibilité, les compositions d’Hania Rani sont de celles qui n’en finissent jamais de s’accrocher à l’âme. « Home » en est une nouvelle et magnifique illustration. Lire la suite

JOHN HAYES The Last Best Place

Sourdine. Dispositif destiné à atténuer l’intensité sonore des instruments de musique et à modifier leur timbre.

Sourdine. Bande de feutre intercalée entre les marteaux et les cordes d’un piano droit, amortissant leur impact et atténuant le niveau sonore.

En sourdine. Discrètement, à la dérobée, en secret.

En sourdine. Ainsi résonne « The Last Best Place », nouvel album du jeune compositeur américain John Hayes.

Un album à la beauté discrète et à la sensibilité rare. Un album pour soirs de larmes silencieuses et de paupières closes. Plus doux, plus tendre et plus plein de grâce qu’aucun autre. Lire la suite

BEACH HOUSE Space Song

Rêver éveillée est depuis toujours une de mes activités secrètes préférées.

Ces dernières semaines, enfermée dans mon petit studio sur les toits de Paris, je m’y suis adonnée plus que jamais. Sans aucune modération. Sans avoir à m’en cacher. Et la dream pop vaporeuse et ouatée de Beach House a été la compagne parfaite pour ça. J’ai donc décidé de lui rendre hommage en en faisant la douceur de ce mois-ci. Un mois qui signera peut-être, après de longues journées passées à l’intérieur de nous, le début d’une nouvelle ère, à l’extérieur. Lire la suite

SURE 20 Years

Quand le présent semble absurde. Quand le futur semble tendre ses bras vers d’inexorables catastrophes. Quand l’esprit est, inlassablement, balloté d’une temporalité à l’autre. Tel est le monde que SURE peint à travers sa musique. Faisant danser ses notes dans l’obscurité. Exhumant les meilleures heures d’une cold wave sombre et obsédante.

SURE c’est Nicolas Di Vincenzo, Gregory Hoepffner et Michael Szpiner. Trois amis que les étranges coïncidences de la vie ont mené au même endroit, dans « la cave ». Lieu de fête fantasmé. Noir comme le post-punk et décomplexé comme la pop. Lieu de perdition aux voûtes poisseuses. Mais aussi véritable abri.

Il y a quelques semaine, la formation parisienne donnait naissance à « 20 Years », un premier album aussi noir et beau qu’une nuit sans lune. A savourer en dansant seul, et les yeux fermés. Lire la suite

BIG WOOL Simple Travel

Au printemps 2017, l’excellent label clermontois Kütu Records m’envoyait « Big Wool », premier album du quintet angevin du même nom. Trois printemps plus tard, Big Wool est de retour avec un nouvel EP. Cinq petits titres d’un folk rock gracieux sur lequel vient planer un violon enchanteur, aussi frais et léger que la brise ensoleillée venue égayer mes journées confinées.

Faussement ingénue, et doucement mélancolique, telle est la musique de Big Wool. « Simple Travel » vient tout juste de paraître, et je vous le recommande vivement. Lire la suite

LAAKE « O »

Marcher lentement dans la nuit. Arpenter, seul, les rues désertes. Ecouter chaque pas posé sur le bitume. Sentir l’air frais sur son visage. Ouvrir grand les yeux. S’imprégner des détails de la ville. Avoir l’impression de tout découvrir, comme si c’était la première fois.

Se trouver à l’extérieur. Après s’être cherché à l’intérieur. Le regard et l’âme changés.

C’est ce qui m’est arrivé cette nuit. Alors que j’étais sortie faire quelques pas dans l’obscurité d’un Paris désert. Aussi seule à l’extérieur qu’à l’intérieur. Mais plus vivante que jamais.

Il est un disque qui ne cessera de me rappeler cette nuit. Il s’appelle « O », « O » comme « Orchestraa », et il est signé LAAKE. Il est le premier que j’ai eu envie d’écouter après avoir longuement erré dans ces rues vides. Cette errance et ce vide qui, paradoxalement, sont venu m’emplir d’une plénitude qui m’était jusqu’alors inconnue. Signant le plus beau renouveau qui ne m’ait jamais été donné à moi-même.

Derrière LAAKE se cache Raphaël Beau, un jeune artiste autodidacte et virtuose qui, dans son premier album, marie la musique classique et la musique électronique avec plus d’audace et de ferveur qu’aucun autre. Après deux EP prometteurs, LAAKE vient de donner naissance à « O ». En faisant de l’obscurité sa couleur, « O » réconcilie avec brio l’intérieur et l’extérieur. Il est le compagnon parfait des nuits de renouveau. Lire la suite

THE NEW YEAR Snow

Comment faire, quand on est privé d’extérieur, pour ne pas se perdre à l’intérieur ?

Ces derniers jours, après trois semaines passées à me terrer dans les 23m2 de mon petit studio parisien, j’ai commencé à me perdre. Me perdre à l’intérieur de moi. Me laisser submerger par toutes les pensées de tristesse enfouies là, sous le tourbillon du quotidien, mais toujours prêtes à surgir quand le tourbillon cesse. Les angoisses, les échecs et les blessures. 

Mais aujourd’hui, l’air s’est adoucit. Mes fenêtres sont grandes ouvertes. Mes yeux sont tournés vers le ciel bleu. Et j’ai décidé de m’employer à mettre à profit ce temps d’intériorité, plutôt que de le laisser m’engloutir.

Pour ce faire, j’écoute en boucle un album que je viens tout juste de découvrir, partagé par les bons soins d’un ami passionné lui aussi de belle musique. Ces partages privilégiés que nous permet plus que jamais ce temps passé à l’intérieur. Cet album s’appelle « Snow ». Il contient dix chansons d’un rock lent, subtil et enveloppant, fruit de la formation américaine The New Year. Il est aussi riche d’une intemporelle beauté que magnifique de sobriété et de pudeur, et j’espère qu’il saura réouvrir l’horizon de celles et ceux d’entre vous qui, comme moi, l’auraient un temps perdu de vue. Lire la suite

RACHMANINOV Concerto pour piano No.2 en do mineur Op. 18

Il y a quelques années, Nils Frahm lançait la fête du piano, créant pour cet instrument intemporel sa propre célébration, le « Piano Day ». Cette fête se tient tous les ans le 88e jour de l’année, comme les 88 touches noires et blanches qui composent un piano.

En temps normal, de multiples événements sont organisés de par le monde pour célébrer ce merveilleux instrument et ses héros. Mais, en ce 28 mars 2020, le temps, suspendu, est tout sauf normal, et la plupart des événements organisés cette année ont dû être annulés. Qu’à cela ne tienne, rien ne nous empêche de célébrer le piano malgré tout, confortablement installés chez nous.

Pour ce faire, j’ai choisi cette année de partager avec vous l’un de mes concertos pour piano favoris. Il est signé du grand Sergeï Rachmaninov, et il m’accompagne depuis l’enfance, lorsqu’assise sur le large tabouret de velours bleu, haute comme trois pommes du haut de mes sept ans, mes petites lunettes rondes sur les yeux, je commençais à découvrir ce bel instrument. Je l’écoutais alors, en m’appliquant à répéter mes gammes, et en rêvant un jour, quand je serai grande, de parvenir moi-même à le jouer. Il ne m’a, depuis, jamais quittée, et j’espère que vous l’aimerez autant que je l’ai toujours aimé. Lire la suite

LEVI PATEL A Shifting Lightness

Entre les tonitruances de voix et de guitares qui font sortir la rage et hurler, et les douceurs mélancoliques délicates qui font pleurer, ces jours-ci, mon coeur balance. Deux formes de catharsis. Différentes. Complémentaires. Parfaites, chacune à leur manière.

A l’heure où j’écris ces lignes, terrée depuis maintenant 6 jours dans mon petit studio parisien, terrifiée à l’idée de mettre le nez dehors et d’ajouter un nouveau paragraphe à mon historique médical déjà plus que chargé, la tendance est plutôt à la larme à l’oeil. Hier, j’apprenais qu’un membre très cher de ma famille présentait plusieurs symptômes de cette saleté de virus. D’abord, la rage. Du bon post metal à fond dans mon appartement, avec une bonne grosse voix en colère qui sort ses tripes sur mon tapis. Ensuite, l’inquiétude et les prières silencieuses. Du néo-classique au casque au fond de mon lit, avec une bonne dose de violons qui font dégouliner les sanglots.

Depuis hier, et là encore, tout de suite, ma catharsis s’appelle « A Shifting Lightness ». Elle est signée du jeune compositeur Levi Patel, et arrive tout droit de Nouvelle Zélande. Pour l’écrire, Levi Patel s’est isolé pendant dix-huit mois dans une petite ville côtière du nord de l’île. Et de cet isolement solitaire est né une beauté musicale introspective, délicate et apaisée. Lire la suite

UNTITLED WITH DRUMS Hollow

Il est parfois des disques qui arrivent à point nommé dans nos vies. Mettant des sons et des voix sur nos émotions. Traduisant en note à la perfection notre état du moment, et les mots parfois coincés là.

« Hollow », premier album d’Untitled With Drums, fait partie de ces disques arrivés à point nommé dans ma vie. De ceux qui parviennent à mettre en musique ce qui est là, à la fois tout au fond et tout prêt à surgir. A le faire sortir de moi. A le faire hurler. Puis à l’apaiser. Quand ressurgissent les torrents de larmes, les angoisses et la rage enfouis. Quand, une fois encore, la tempête en moi vient torpiller le calme que je m’évertue à garder.

Ce calme que je tente de conserver à grand peine depuis plusieurs jours, terrée dans mon petit studio sur les toits de Paris, yeux rivés vers le ciel pour ne pas perdre pieds, en ne cessant de penser à ceux qui, aujourd’hui, se battent plus que jamais pour sauver des vies, et dont mes frères et soeurs, notamment, font partie.

Untitled With Drums, ce sont cinq musiciens de la scène rock clermontoise. Ils écoutent Slint, Failure et Cave In. Ils aiment le rock alternatif, la noise des années 90 et le post-rock. Et ils parviennent avec talent à faire se marier ces genres dans un album tendu sur le fil de compositions aussi écorchées que subtiles, dont les voix faites à la fois de douceur et de rage viennent m’aider, mieux qu’aucunes autres, à faire sortir de moi tout ce qui a besoin de l’être ces jours-ci. Et j’espère qu’elles sauront avoir cet effet salvateur sur vous aussi.

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