ALL SHALL BE WELL Zwartgroen

« Tout ira bien (et tout ira bien et toutes sortes de choses iront bien) », c’est ce que nous promettent les Néerlandais de All Shall Be Well (and All Shall Be Well and All Manner of Things Shall Be Well). Une promesse à laquelle il fait bon croire en ces jours troublés et incertains.

Chez All Shall Be Well, la musique fait l’effet d’une étreinte. Elle enveloppe, elle rassure. Elle vient, à la fois intime et radieuse, illuminer l’obscurité. Balayer les doutes. Apaiser.

A l’heure où je découvrais le quintet néerlandais il y a quelques années, m’apparaissait comme une évidence que d’un tel nom de groupe, inspiré d’une citation de la théologienne Julienne de Norwich, ne puisse naître que de la douceur et de la beauté. Le son d’All Shall Be Well se révèle en effet aussi lumineux que son nom, et aussi chaud et coloré que les titres de ses albums, de « ROODBLAUW », rouge bleu, à « BLAUWGEEL », bleu jaune, puis « GEELZWART », jaune noir, et à présent « ZWARTGROEN », noir vert. Paru il y a quelques semaines, ce dernier n’est rien de moins que l’enchantement et le réconfort mis en musique. Un bijou de post-rock aérien, profond et engagé, sur lequel affleure juste ce qu’il faut de mélancolie, à savourer sans modération ces jours-ci. Lire la suite

Mon Interview chez Kaput Brain Webzine

Pour sa dixième année d’existence, l’excellent Kaput Brain webzine, riche magazine musical mené de main de maître par le jeune et talentueux Alan Waegaert, inaugurait une nouvelle rubrique. Intitulée « A l’ombre des scènes », cette rubrique vise à mettre en lumière ceux qui oeuvrent, dans l’ombre, pour que les décibels jaillissent. Alan les dit « passionnés de musique, mais pas forcément musiciens, indispensables au réseau musical indépendant ».

Il y a quelques semaines, Alan me faisait l’honneur de me demander si j’étais d’accord pour répondre à une interview dans le cadre de cette nouvelle rubrique. Une invitation qui m’a énormément touchée, et que je me suis empressée d’accepter. Il y est question de la musique et des artistes que j’aime, de mon blog Totoromoon, et de mon premier roman.

Vous pouvez découvrir l’interview complète ici : http://www.kaputbrainwebzine.com/2020/04/a-l-ombre-des-scenes-2-eglantine-totoromoon.html

Un grand merci à Alan de m’avoir choisie pour sa belle rubrique « A l’ombre des scènes », et longue vie à Kaput Brain webzine.

Eglantine

THE NEW YEAR Snow

Comment faire, quand on est privé d’extérieur, pour ne pas se perdre à l’intérieur ?

Ces derniers jours, après trois semaines passées à me terrer dans les 23m2 de mon petit studio parisien, j’ai commencé à me perdre. Me perdre à l’intérieur de moi. Me laisser submerger par toutes les pensées de tristesse enfouies là, sous le tourbillon du quotidien, mais toujours prêtes à surgir quand le tourbillon cesse. Les angoisses, les échecs et les blessures. 

Mais aujourd’hui, l’air s’est adoucit. Mes fenêtres sont grandes ouvertes. Mes yeux sont tournés vers le ciel bleu. Et j’ai décidé de m’employer à mettre à profit ce temps d’intériorité, plutôt que de le laisser m’engloutir.

Pour ce faire, j’écoute en boucle un album que je viens tout juste de découvrir, partagé par les bons soins d’un ami passionné lui aussi de belle musique. Ces partages privilégiés que nous permet plus que jamais ce temps passé à l’intérieur. Cet album s’appelle « Snow ». Il contient dix chansons d’un rock lent, subtil et enveloppant, fruit de la formation américaine The New Year. Il est aussi riche d’une intemporelle beauté que magnifique de sobriété et de pudeur, et j’espère qu’il saura réouvrir l’horizon de celles et ceux d’entre vous qui, comme moi, l’auraient un temps perdu de vue. Lire la suite

XANTHE DORSA Xanthe Dorsa

Il y a deux ans, à l’occasion d’une soirée organisée à l’Espace B, je découvrais le rock instrumental de Xanthe Dorsa. J’avais rencontré Rosalie quelques mois plus tôt, à un concert, grâce à des amis communs. Il y a une attente particulière à la découverte de la musique d’un groupe, quand on s’est lié avec l’un de ses membres avant d’avoir entendu ses créations. Certains diront qu’une partialité s’installe. D’autres au contraire que le risque de déception est à la hauteur de l’attente qui l’a précédé. Pour ma part, je dirais qu’à ce moment-là les deux aspects se mêlaient. J’avais à la fois terriblement envie d’aimer, et terriblement peur d’être déçue.

Si je vous parle de Xanthe Dorsa aujourd’hui, c’est que non seulement, ce soir-là, je n’ai pas été déçue, mais que la sortie il y a quelques jours du premier album du groupe est encore allée au-delà de mes espérances. « Xanthe Dorsa », premier du nom, est un album d’un équilibre, d’une finesse et d’une maturité remarquables, et j’espère que vous l’aimerez autant que je l’aime. Lire la suite

STAGHORN Corvus IV

Quand l’heure, grave, nous enjoint à réfléchir sur nous-mêmes, notre rapport aux autres et au monde. Quand le temps, suspendu, nous enjoint à retenir notre souffle en écrivant les scénarios de jours heureux. Quoi de mieux alors que se nourrir de musiques engagées, inspirantes et inspirées ?

Ode à la préservation de la nature et du monde, à la fois sensible et militante, telle est la musique de Staghorn. De celle qui puise son inspiration dans la recherche éperdue d’un accord entre l’art et l’éthique. De celle qui prend la forêt, poumon de la terre, comme sanctuaire.

Il y a quelques jours, le trio américain était de retour avec un nouvel opus. Si « Corvus IV », petite soeur de l’épique « Wormwood III » (dont ma chronique est à retrouver ici), est aussi inspirée que son aînée, elle est aussi plus sombre et plus terrible, mariant avec talent le meilleur d’un post-black metal féroce, et d’un post-rock éthéré. Un nouveau bijou en forme de symphonie moderne vibrante et habitée, signé d’une formation de musiciens qui demeure l’une des plus chères à mon coeur. Lire la suite

RACHMANINOV Concerto pour piano No.2 en do mineur Op. 18

Il y a quelques années, Nils Frahm lançait la fête du piano, créant pour cet instrument intemporel sa propre célébration, le « Piano Day ». Cette fête se tient tous les ans le 88e jour de l’année, comme les 88 touches noires et blanches qui composent un piano.

En temps normal, de multiples événements sont organisés de par le monde pour célébrer ce merveilleux instrument et ses héros. Mais, en ce 28 mars 2020, le temps, suspendu, est tout sauf normal, et la plupart des événements organisés cette année ont dû être annulés. Qu’à cela ne tienne, rien ne nous empêche de célébrer le piano malgré tout, confortablement installés chez nous.

Pour ce faire, j’ai choisi cette année de partager avec vous l’un de mes concertos pour piano favoris. Il est signé du grand Sergeï Rachmaninov, et il m’accompagne depuis l’enfance, lorsqu’assise sur le large tabouret de velours bleu, haute comme trois pommes du haut de mes sept ans, mes petites lunettes rondes sur les yeux, je commençais à découvrir ce bel instrument. Je l’écoutais alors, en m’appliquant à répéter mes gammes, et en rêvant un jour, quand je serai grande, de parvenir moi-même à le jouer. Il ne m’a, depuis, jamais quittée, et j’espère que vous l’aimerez autant que je l’ai toujours aimé. Lire la suite

LEVI PATEL A Shifting Lightness

Entre les tonitruances de voix et de guitares qui font sortir la rage et hurler, et les douceurs mélancoliques délicates qui font pleurer, ces jours-ci, mon coeur balance. Deux formes de catharsis. Différentes. Complémentaires. Parfaites, chacune à leur manière.

A l’heure où j’écris ces lignes, terrée depuis maintenant 6 jours dans mon petit studio parisien, terrifiée à l’idée de mettre le nez dehors et d’ajouter un nouveau paragraphe à mon historique médical déjà plus que chargé, la tendance est plutôt à la larme à l’oeil. Hier, j’apprenais qu’un membre très cher de ma famille présentait plusieurs symptômes de cette saleté de virus. D’abord, la rage. Du bon post metal à fond dans mon appartement, avec une bonne grosse voix en colère qui sort ses tripes sur mon tapis. Ensuite, l’inquiétude et les prières silencieuses. Du néo-classique au casque au fond de mon lit, avec une bonne dose de violons qui font dégouliner les sanglots.

Depuis hier, et là encore, tout de suite, ma catharsis s’appelle « A Shifting Lightness ». Elle est signée du jeune compositeur Levi Patel, et arrive tout droit de Nouvelle Zélande. Pour l’écrire, Levi Patel s’est isolé pendant dix-huit mois dans une petite ville côtière du nord de l’île. Et de cet isolement solitaire est né une beauté musicale introspective, délicate et apaisée. Lire la suite

UNTITLED WITH DRUMS Hollow

Il est parfois des disques qui arrivent à point nommé dans nos vies. Mettant des sons et des voix sur nos émotions. Traduisant en note à la perfection notre état du moment, et les mots parfois coincés là.

« Hollow », premier album d’Untitled With Drums, fait partie de ces disques arrivés à point nommé dans ma vie. De ceux qui parviennent à mettre en musique ce qui est là, à la fois tout au fond et tout prêt à surgir. A le faire sortir de moi. A le faire hurler. Puis à l’apaiser. Quand ressurgissent les torrents de larmes, les angoisses et la rage enfouis. Quand, une fois encore, la tempête en moi vient torpiller le calme que je m’évertue à garder.

Ce calme que je tente de conserver à grand peine depuis plusieurs jours, terrée dans mon petit studio sur les toits de Paris, yeux rivés vers le ciel pour ne pas perdre pieds, en ne cessant de penser à ceux qui, aujourd’hui, se battent plus que jamais pour sauver des vies, et dont mes frères et soeurs, notamment, font partie.

Untitled With Drums, ce sont cinq musiciens de la scène rock clermontoise. Ils écoutent Slint, Failure et Cave In. Ils aiment le rock alternatif, la noise des années 90 et le post-rock. Et ils parviennent avec talent à faire se marier ces genres dans un album tendu sur le fil de compositions aussi écorchées que subtiles, dont les voix faites à la fois de douceur et de rage viennent m’aider, mieux qu’aucunes autres, à faire sortir de moi tout ce qui a besoin de l’être ces jours-ci. Et j’espère qu’elles sauront avoir cet effet salvateur sur vous aussi.

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AKIRA KOSEMURA Love Is About Daily Leaps

A l’heure où un sale virus est entrain de semer la zizanie de par le monde, et de cloîtrer chez elle et terrifier la petite chose sensible à la santé fragile que je suis, je me dis qu’il faut, plus que jamais, essayer de s’évader dans sa tête en douceur.

Et la musique du talentueux Akira Kosemura est parfaite pour ça.

C’est à Los Angeles, dans les années 90, que se tient la série américaine « Love Is__ ». Diffusée pour la première fois en 2018, elle met en scène deux personnages évoluant dans des univers que tout oppose, mais qui tentent de poursuivre leurs rêves en écoutant leurs coeurs. J’ai beau me dire qu’être en couple n’est pas une fin en soi, qu’y a-t-il de plus magique et de plus beau, dans ce monde souvent incompréhensible, dur et fou qui est le nôtre, que de tomber amoureux ? Le compositeur japonais l’a bien compris et, de piano minimaliste en beautés orchestrales, il le traduit mieux qu’aucun autre dans la somptueuse bande originale qu’il a écrite pour cette fiction inspirée de la vie de Mara Brock Akil et Salim Akil, les deux producteurs de la série.

J’ai trouvé au coeur de celle-ci la douceur parfaite pour s’évader de la grisaille et de l’angoisse de ce mois de mars, et j’espère que vous l’aimerez autant que je l’aime.

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MØN Sikfor Harenstrüp in 326 Øllegårt

Parmi les sentences qui m’insupportent dans la musique, il y a le fameux « C’était mieux avant », répété à qui mieux mieux sans écouter vraiment ce qui se fait de nouveau. Mais de nos jours, il y a un phénomène qui m’insupporte encore plus. Celui qui consiste à nier la temporalité des choses, et à attaquer des groupes pour leur manque d’originalité, en considérant ce qui s’est fait après eux, et en oubliant totalement qu’ils en étaient les précurseurs, et qu’une bonne partie de ce qui s’est fait après eux, justement, découle de leur créativité originelle. Qu’on me targue de vieille ronchonne. Même pas peur. J’observe ce phénomène de plus en plus souvent, il m’insupporte donc de plus en plus souvent.

Avais-je besoin d’une telle introduction pour justifier une chronique sur un album vieux de dix ans ? Non. Mais j’ai trouvé utile de le faire. Parce que oui, « Sikfor Harenstrüp in 326 Øllegårt », des Français de MØN, est paru il y a dix ans. Parce que oui, il est à la croisée des chemins, s’inspirant des sonorités de ses aînés du post-rock montréalais, tels que Silver Mt Zion et Bell Orchestre, et en créant de nouvelles, relativement inédites en France à cette époque, et qui en ont influencé d’autres après lui. Pour moi, cet album, à la croisée de l’ancien et du nouveau, riche d’une beauté qu’il ne doit qu’à lui seul, demeure d’un éclat intemporel remarquable. Et si MØN, qui entame dans quelques semaines sa tournée d’adieu, est voué à s’éteindre, sa musique, elle, ne s’éteindra pas. Et c’est tant mieux. Lire la suite