OF THE VINE Left Alone

J’ai toujours trouvé téméraires les groupes de post-rock instrumentaux qui décident d’intégrer du chant à leurs nouveaux morceaux. Souvent, alors que l’on ne s’y attend pas, les voix arrivent comme un cheveu sur la soupe, faisant basculer les beautés aériennes du post-rock dans des mièvreries à la lisière d’une pop qui aurait perdu de son ardeur. Rares sont ceux qui évitent cet écueil. Mais avec « Left Alone », les Américains de Of The Vine prouvent qu’ils sont de ces raretés.

Cinq ans après l’instrumental et délicieux « East-The-Water », les post-rockeurs d’Atlanta sont de retour avec un album pleurant la perte et célébrant la renaissance, sur lequel plane la mélancolie d’une voix poignante et habitée. Un album pour lequel j’ai eu un véritable coup de foudre. Plus audacieux et plus exquis que jamais. Lire la suite

CASPIAN On Circles

De la musique, il ne se passe pas un seul jour sans que j’en écoute. De la musique, c’est ce qui m’aide à garder les yeux tournés vers un horizon fait d’espoir et de renouveau. Du temps, c’est ce qui me manque en général pour écouter encore plus de musique, ou du moins autant que je le voudrais. Du temps, c’est ce dont je dispose plus que d’habitude, en ces jours suspendus par un virus qui assigne à résidence, de par le monde, bon nombre d’entre nous.

Profiter de ce temps pour découvrir de nouveaux disques. Profiter de ce temps pour réécouter nos disques préférés. Et puis il y a ces disques qu’on avait écoutés un peu rapidement, faute de temps, et à côté desquels on se dit qu’on est peut-être passés. L’occasion est là de leur donner une deuxième chance. Ainsi en est-il pour moi du dernier disque de Caspian.

Moultes fois chroniqués ici, les post-rockeurs américains ont donné naissance à des beautés parmi les plus haut placées dans ma bibliothèque musicale. Caspian et moi, c’est une histoire d’amour longue de près de quinze ans, qui a commencé alors que le groupe donnait naissance à « The Four Trees », son premier album, puis au sublime « Tertia », à peine deux ans plus tard. Des albums qui restent à ce jour parmi mes préférés, sans doute parce qu’ils sont ceux de la découverte d’un son qui m’a d’emblée fait les aimer. Pourtant, la première fois que j’ai écouté « On Circles », mon enthousiasme pour Caspian n’a pas été à la hauteur de ce qu’il était à ses débuts. Mais, à la faveur de ces jours au temps suspendu, j’y suis revenue. Lire la suite

WREKMEISTER HARMONIES We Love To look At The Carnage

Cette semaine, je devais assister au concert parisien de la tournée d’adieu de Wrekmeister Harmonies, collectif américain fondé en 2006 à Chicago par J.R. Robinson. Ça devait avoir lieu à l’Espace B. J’avais demandé une accréditation pour pouvoir faire un live report de la soirée. Je comptais acheter le dernier album du groupe sur place, ce soir-là. Et puis patatras. Virus. Angoisse. Confinement. Annulation de tous les événements culturels à venir, pour une durée indéterminée.

Hier soir, j’ai donc acheté l’album dans sa version numérique, sur Bandcamp. Puis je l’ai écouté, écouté et réécouté encore, toute la nuit, en me demandant comment j’allais trouver les mots pour parler de ce nouvel ovni musical.

Ce que j’ai toujours aimé chez Wrekmeister Harmonies, c’est cette capacité à déployer une atmosphère de fin du monde qui réussit l’exploit d’être à la fois terrifiante et apaisée. « We Love To Look At The Carnage » est ainsi de ces disques apocalyptiques parfaits à écouter ces jours-ci, en regardant depuis sa fenêtre, lors d’une nuit d’insomnie, les rues désertées de Paris. Une expérience musicale méditative, sombre et immersive, qui ravira les auditeurs les plus avertis. Lire la suite

THE NEW YEAR Snow

Comment faire, quand on est privé d’extérieur, pour ne pas se perdre à l’intérieur ?

Ces derniers jours, après trois semaines passées à me terrer dans les 23m2 de mon petit studio parisien, j’ai commencé à me perdre. Me perdre à l’intérieur de moi. Me laisser submerger par toutes les pensées de tristesse enfouies là, sous le tourbillon du quotidien, mais toujours prêtes à surgir quand le tourbillon cesse. Les angoisses, les échecs et les blessures. 

Mais aujourd’hui, l’air s’est adoucit. Mes fenêtres sont grandes ouvertes. Mes yeux sont tournés vers le ciel bleu. Et j’ai décidé de m’employer à mettre à profit ce temps d’intériorité, plutôt que de le laisser m’engloutir.

Pour ce faire, j’écoute en boucle un album que je viens tout juste de découvrir, partagé par les bons soins d’un ami passionné lui aussi de belle musique. Ces partages privilégiés que nous permet plus que jamais ce temps passé à l’intérieur. Cet album s’appelle « Snow ». Il contient dix chansons d’un rock lent, subtil et enveloppant, fruit de la formation américaine The New Year. Il est aussi riche d’une intemporelle beauté que magnifique de sobriété et de pudeur, et j’espère qu’il saura réouvrir l’horizon de celles et ceux d’entre vous qui, comme moi, l’auraient un temps perdu de vue. Lire la suite

STAGHORN Corvus IV

Quand l’heure, grave, nous enjoint à réfléchir sur nous-mêmes, notre rapport aux autres et au monde. Quand le temps, suspendu, nous enjoint à retenir notre souffle en écrivant les scénarios de jours heureux. Quoi de mieux alors que se nourrir de musiques engagées, inspirantes et inspirées ?

Ode à la préservation de la nature et du monde, à la fois sensible et militante, telle est la musique de Staghorn. De celle qui puise son inspiration dans la recherche éperdue d’un accord entre l’art et l’éthique. De celle qui prend la forêt, poumon de la terre, comme sanctuaire.

Il y a quelques jours, le trio américain était de retour avec un nouvel opus. Si « Corvus IV », petite soeur de l’épique « Wormwood III » (dont ma chronique est à retrouver ici), est aussi inspirée que son aînée, elle est aussi plus sombre et plus terrible, mariant avec talent le meilleur d’un post-black metal féroce, et d’un post-rock éthéré. Un nouveau bijou en forme de symphonie moderne vibrante et habitée, signé d’une formation de musiciens qui demeure l’une des plus chères à mon coeur. Lire la suite

OFTEN THE THINKER Greatest Possible Tenderness

Similarités, différences, famille. Telles sont les influences qu’Often The Thinker cite pour se présenter. Depuis plus de dix ans, ces musiciens composent, enregistrent, produisent et publient leurs disques eux-mêmes, formant une grande famille unie par son amour de la musique. Avec cinq albums à son actif, ce collectif américain désormais basé à San Diego oeuvre ainsi sans relâche à réinventer sa vision de la composition. Une vision originale et en constante évolution, mêlant post-rock, jazz, country et musique expérimentale, qui mériterait grandement de sortir de l’ombre. Lire la suite

HERON Sun Release

Le post-rock de Heron est de ces élégances instrumentales que j’aime. De celles qui savent délicatement chanter sans paroles, et peindre des paysages colorés et foisonnants par la seule force de leurs instruments. Après un premier opus prometteur paru il y a deux ans (ma chronique de « You Are Here Now » à retrouver ici), le quatuor de Pennsylvanie est de retour avec un nouvel album. « Sun Release » porte merveilleusement son nom. Il est de ces albums à la lumière délicate, dont les rayons percent de plus en plus finement au fil des écoutes. De ceux dont la simplicité apparente des nappes de guitares éthérées cache un délice de mélodies soignées, rivalisant de grâce, d’énergie et de beauté. Un très bel album d’été. Lire la suite

IT WAS A GOOD DREAM Help Me To Recollect

Quelques semaines avant de me rendre au fantastique Dunk! Festival, je recevais dans ma boîte mail deux nouvelles sorties parues chez Dunk! Records, dont chacune, pour des raisons différentes, m’a immédiatement plu. J’ai eu le plaisir de découvrir la première, « Cavum » des excellents Pillars, sur la belle scène du festival (mon livre report de leur prestation est d’ores et déjà en ligne ici), et je suis à présent heureuse de partager ici la seconde, « Help Me To Recollect » du duo américain It Was A Good Dream. Lire la suite