WREKMEISTER HARMONIES We Love To look At The Carnage

Cette semaine, je devais assister au concert parisien de la tournée d’adieu de Wrekmeister Harmonies, collectif américain fondé en 2006 à Chicago par J.R. Robinson. Ça devait avoir lieu à l’Espace B. J’avais demandé une accréditation pour pouvoir faire un live report de la soirée. Je comptais acheter le dernier album du groupe sur place, ce soir-là. Et puis patatras. Virus. Angoisse. Confinement. Annulation de tous les événements culturels à venir, pour une durée indéterminée.

Hier soir, j’ai donc acheté l’album dans sa version numérique, sur Bandcamp. Puis je l’ai écouté, écouté et réécouté encore, toute la nuit, en me demandant comment j’allais trouver les mots pour parler de ce nouvel ovni musical.

Ce que j’ai toujours aimé chez Wrekmeister Harmonies, c’est cette capacité à déployer une atmosphère de fin du monde qui réussit l’exploit d’être à la fois terrifiante et apaisée. « We Love To Look At The Carnage » est ainsi de ces disques apocalyptiques parfaits à écouter ces jours-ci, en regardant depuis sa fenêtre, lors d’une nuit d’insomnie, les rues désertées de Paris. Une expérience musicale méditative, sombre et immersive, qui ravira les auditeurs les plus avertis. Lire la suite

OISEAUX-TEMPETE From Somewhere Invisible

J’avais quitté Oiseaux-Tempête après son premier album. Fascinée par « Oiseaux-Tempête » premier du nom et les concerts qui avaient accompagné sa sortie, je l’avais beaucoup moins été par les albums suivants. Et puis, il y a quelques mois, arrivait dans ma boîte à lettres « From Somewhere Invisible », quatrième album studio du groupe. Peut-être était-ce le moment de cette soirée où mon esprit cherchait à épancher une mélancolie trop prégnante ? Peut-être était-ce le contexte de ma vie trouble et troublée à cet instant ? Mais la première écoute de « From Somewhere Invisible », ce soir-là, m’a saisie aux entrailles. Ravissement sombre et parfait, elle a mis en mots et en notes l’état ineffable dans lequel je me trouvais, à ce moment précis. Lire la suite

OFTEN THE THINKER Greatest Possible Tenderness

Similarités, différences, famille. Telles sont les influences qu’Often The Thinker cite pour se présenter. Depuis plus de dix ans, ces musiciens composent, enregistrent, produisent et publient leurs disques eux-mêmes, formant une grande famille unie par son amour de la musique. Avec cinq albums à son actif, ce collectif américain désormais basé à San Diego oeuvre ainsi sans relâche à réinventer sa vision de la composition. Une vision originale et en constante évolution, mêlant post-rock, jazz, country et musique expérimentale, qui mériterait grandement de sortir de l’ombre. Lire la suite

HORS SUJET Avec la distance

Le soir où Florent Paris m’a dit qu’il avait décidé d’arrêter Hors Sujet, j’ai versé ma larme. Mais je ne lui ai rien dit. J’ai compris ce besoin de nouveau souffle et de changement, je l’ai encouragé dans ses projets à venir. C’était l’année dernière. L’hiver, il faisait gris. Et puis, il y a quelques semaines, Florent m’annonçait qu’il avait recommencé à enregistrer. Que c’était revenu comme un besoin. Ce besoin de faire sortir le trop plein d’images, de souvenirs et d’émotions en soi. Pour moi, des larmes à la joie, il n’y a eu qu’un pas. « Avec la distance » vient tout juste de paraître, et il est une nouvelle beauté signée Hors Sujet, plus sensible que jamais. Lire la suite

5OCLOCKINTHEMORNING Relief

Après de longues années de silence, la première formation de post-rock parisien à avoir fait chavirer mon coeur est de retour. Entre 5oclockinthemorning et moi, l’histoire remonte à l’année 2006, alors que le groupe venait tout juste de se former, qu’il composait ses premiers morceaux et donnait ses premiers concerts. 5oclockinthemorning fait partie de ces groupes qui ont oeuvré à faire de moi l’amoureuse de post-rock que je suis aujourd’hui. De la beauté d’un son qui parle sans paroles. De l’intensité d’émotions brutes et authentiques, entre force sauvage et délicatesse infinie.

Il y a quelques jours, 5oclockinthemorning a donné le jour à un nouvel EP. « Relief » est de ces petits disques qui ont déjà tout d’un grand, et qui ne me font pas regretter d’avoir attendu si longtemps le retour d’un groupe qui a marqué mes souvenirs. A découvrir absolument. Lire la suite

STEVE STRONG Turbo Island

J’ai découvert Steve Strong l’année dernière, à l’occasion de la deuxième édition du Post In Paris Festival. En 40 minutes de set, le multi-instrumentiste venu de Bristol a éclipsé pour moi toutes les autres prestations du festival. Seul, assis derrière sa batterie, jonglant de ses baguettes à la guitare, à la basse et aux machines avec une dextérité et une aisance déconcertantes, il a livré une performance remarquable à tous points de vues. A la fois énergique et sensible. Forte et subtile. Superbe.

Il y a quelques jours, Steve Strong était de retour avec un nouvel album. Entre post-rock, math-rock, trip hop, shoegaze et musique expérimentale, « Turbo Island » continue de brouiller les pistes, et il le fait brillamment. Un excellent album à découvrir. Lire la suite

BRUIT ≤ Monolith

Il est un type de son au pouvoir évocateur si fort qu’il parvient à s’ancrer en soi dès l’instant où il y résonne. Comme s’il arrivait au bon moment. Ce moment propice au jaillissement d’une émotion qui n’osait pas s’exprimer. Retenue là, pudiquement. Jusqu’à l’apparition de ce son, à la fois nouveau et déjà familier, qui balaie la pudeur. Qui vient caresser l’âme dans un murmure, et saisir le corps dans une tonitruance éclatante.

Ce moment du lâcher prise, de l’abandon.

Ce moment, ce fut pour moi celui de ce matin d’octobre, lorsque j’ai découvert la première captation live de BRUIT ≤. Il était tôt, je partais travailler. Dans le bus, j’ai mis mon casque, et lancé la vidéo. Et, tout à coup, c’est comme si j’avais été seule au monde. Durant ces 13 minutes de musique sans paroles. Le son m’a saisie. L’image m’a hantée. C’est à peine si j’ai senti les premières larmes. Elles sont venues l’air de rien. Autour de la cinquième minute, là où les notes du violoncelle se distordent. Là où les violons se mêlent aux percussions dans une plainte magnifique. Et puis, elles se sont mises à couler à flot. Là où les guitares saturent dans des murs de vibrations intenses. Là où les corps se plient pour ne faire plus qu’un avec leurs instruments. Là où toutes les cordes semblent pleurer à leur tour.

BRUIT ≤ est un quatuor de musique instrumentale né à Toulouse. Il vient de donner le jour à son premier opus, « Monolith ». Ici se marient post-rock, éléments électroniques et arrangements classiques. Une fulgurance de beauté intense et saisissante, à découvrir absolument. Lire la suite

TANGLED THOUGHTS OF LEAVING No Tether

Intérêts musicaux : « Magnets, dinosaures, rêves dans lesquels on monte des dinosaures. » Ainsi Tangled Thoughts Of Leaving se présente-t-il sur sa page Facebook. Une description d’intérêts parfaitement adéquate avec la musique à la fois déconcertante et captivante du groupe.

Il y a de cela trois ans, je vous parlais de ma découverte de Tangled Thoughts Of Leaving (ma chronique de cette rencontre à retrouver ici). Alors qu’il fête cette année les dix ans de son tout premier EP, le quartet australien vient de donner le jour à un nouvel album. Avec « No Tether », Tangled Thoughts Of Leaving explore encore de nouveaux horizons, repoussant plus loin les limites de ses expérimentations sonores. Entre post-rock, post-metal, noise, jazz et musique expérimentale, un disque intense et saisissant, à découvrir. Lire la suite

ESMERINE Mechanics Of Dominion

Formation née en l’an 2000 à Montréal, à l’initiative de Bruce Cawdron (Godspeed You ! Black Emperor) et Rebecca Foon (Silver Mt Zion), Esmerine a donné le jour il y a quelques mois à son sixième album. « Mechanics Of Dominion » aurait été fort bien placé dans mon top des meilleurs albums de 2017, si seulement je l’avais écouté plus tôt… Mais comme il n’est jamais trop tard pour parler de belle musique, voici une session de rattrapage pour ceux qui, comme moi, seraient passés à côté de cette sortie.

A la croisée de la musique classique, du jazz, du post-rock, ou encore de la musique expérimentale et de la folk, Esmerine continue de créer un genre à part entière. Le concept est unique et son exécution sans faille. Inclassable et délectable à souhait. Lire la suite

BLONDE REDHEAD 3 O’Clock au Trianon

Blonde Redhead est certainement l’un des groupes les plus troublants qui me soit donné d’aimer. Naviguant d’un noise rock débridé à une pop gracieuse, d’une voix féminine à une voix masculine, le trio new yorkais aime brouiller les pistes, expérimenter et déconcerter. Et il le fait avec un talent qui prend tout son sens sur scène, où il excelle à distiller un son inimitable.

La japonaise Kazu Makino, et les jumeaux italiens Amedeo et Simone Pace étaient de retour à Paris le 1er mars pour fêter leurs 20 ans de carrière et la sortie de leur nouvel EP, « 3 O’Clock ». Un moment d’une intensité qui a semblé faire se suspendre le temps. Brillant. Lire la suite