BRAVERY IN BATTLE The House We Live In

En juin 2016, au Café de la Danse, je découvrais sur scène « The House We Live In », projet du collectif français Bravery In Battle. Expérience musicale et visuelle à la fois inédite et fascinante, « The House We Live In » interroge nos liens à la nature et au monde.

« Comment un groupe de musique peut-il parler des enjeux environnementaux ? », telle est la question à laquelle tente de répondre Bravery In Battle. Depuis de longues années, ce collectif qui dit se sentir à l’étroit dans l’utilisation de la musique comme moyen d’expression, cherche à abolir les frontières des genres et à créer des ponts entre des médiums et des disciplines qui se rencontrent rarement. « The House We Live In » marie ainsi la musique, la poésie, la voix parlée, la vidéo live, le post-rock, les instruments classiques, les sciences, l’écologie politique et le documentaire, en mettant à la fois en musique et en images des témoignages d’hommes et de femmes engagés, de la manière la plus audacieuse qui soit.

Ce beau projet, mûri de longue date, prend enfin forme cette année avec la publication d’un livre-photo contenant un CD et un DVD, et le retour de la formation sur scène lors de vidéo-concerts inspirés.

Et l’heure n’est-elle pas, ces jours-ci plus qu’aucun autre, propice à faire naître en chacun une volonté de repenser son rapport au monde et aux autres ? Lire la suite

HEKLAA Pieces Of You vol. 2 The Voices Works

Il m’arrive, quand je tombe d’amour pour un morceau de musique, de l’écouter pendant des heures. De l’écouter, et de le réécouter, encore et encore. Comme si je cherchais, non à l’user jusqu’à la corde et à m’en écoeurer, comme mon entourage me l’a souvent asséné sous forme de prédiction implacable, mais plutôt à en absorber toute la substantifique moelle. A en saisir l’essence. A me délecter du moindre détail. Et à faire durer le plaisir, encore et encore.

Mais j’ai beau faire partie de ces personnes qui aiment être amoureuses, ce phénomène de coup de foudre musical ne se produit pas si souvent. Or il se trouve que, sur chacun des albums signés heklAa, ce phénomène, d’une merveilleuse étrangeté, s’est produit pour moi à chaque fois.

Il y a d’abord eu ce « Songs In F », petit EP déposé dans ma boîte à lettres il y a six ans. Quelques mois plus tard, « My Name Is John Murdoch » est venu le rejoindre dans ma discothèque. Puis, l’année suivante, est apparu « Pieces Of You vol. 1 The Piano Works ». En voyant Totoromoon mentionné à l’intérieur de la pochette du disque, au milieu des petites lignes de remerciements que je lis toujours, mon coeur a bondi. Car quoi de plus émouvant que de se voir citée dans un album dont on est tombée amoureuse. Trois ans plus tard, un nouvel EP a vu le jour, « 1491 ». Et enfin, il y a quelques jours, le volume 2 de « Pieces Of You », intitulé « The Voices Works », m’est arrivé alors que je ne l’attendais plus.

Dans chacun de ces disques, des notes sont venues tout droit s’accrocher à mon âme. Discrètement et simplement. Sans en faire des tonnes. Posées là, dans leur plus simple et plus bel appareil, nées de la créativité d’un seul musicien, elles ont fait monter en moi cette sensation indicible d’être face à une évidence. L’évidence d’une beauté parfaitement accordée à une sensibilité, qui touche immédiatement. Et, pour ce que ces notes ont produit en moi, je ne saurai que vous recommander d’écouter l’ensemble des opus signés heklAa, le volume 2 de ces « Pieces Of You », tout juste paru, étant une beauté de plus à ajouter à son oeuvre. Lire la suite

LAAKE « O »

Marcher lentement dans la nuit. Arpenter, seul, les rues désertes. Ecouter chaque pas posé sur le bitume. Sentir l’air frais sur son visage. Ouvrir grand les yeux. S’imprégner des détails de la ville. Avoir l’impression de tout découvrir, comme si c’était la première fois.

Se trouver à l’extérieur. Après s’être cherché à l’intérieur. Le regard et l’âme changés.

C’est ce qui m’est arrivé cette nuit. Alors que j’étais sortie faire quelques pas dans l’obscurité d’un Paris désert. Aussi seule à l’extérieur qu’à l’intérieur. Mais plus vivante que jamais.

Il est un disque qui ne cessera de me rappeler cette nuit. Il s’appelle « O », « O » comme « Orchestraa », et il est signé LAAKE. Il est le premier que j’ai eu envie d’écouter après avoir longuement erré dans ces rues vides. Cette errance et ce vide qui, paradoxalement, sont venu m’emplir d’une plénitude qui m’était jusqu’alors inconnue. Signant le plus beau renouveau qui ne m’ait jamais été donné à moi-même.

Derrière LAAKE se cache Raphaël Beau, un jeune artiste autodidacte et virtuose qui, dans son premier album, marie la musique classique et la musique électronique avec plus d’audace et de ferveur qu’aucun autre. Après deux EP prometteurs, LAAKE vient de donner naissance à « O ». En faisant de l’obscurité sa couleur, « O » réconcilie avec brio l’intérieur et l’extérieur. Il est le compagnon parfait des nuits de renouveau. Lire la suite

LEVI PATEL A Shifting Lightness

Entre les tonitruances de voix et de guitares qui font sortir la rage et hurler, et les douceurs mélancoliques délicates qui font pleurer, ces jours-ci, mon coeur balance. Deux formes de catharsis. Différentes. Complémentaires. Parfaites, chacune à leur manière.

A l’heure où j’écris ces lignes, terrée depuis maintenant 6 jours dans mon petit studio parisien, terrifiée à l’idée de mettre le nez dehors et d’ajouter un nouveau paragraphe à mon historique médical déjà plus que chargé, la tendance est plutôt à la larme à l’oeil. Hier, j’apprenais qu’un membre très cher de ma famille présentait plusieurs symptômes de cette saleté de virus. D’abord, la rage. Du bon post metal à fond dans mon appartement, avec une bonne grosse voix en colère qui sort ses tripes sur mon tapis. Ensuite, l’inquiétude et les prières silencieuses. Du néo-classique au casque au fond de mon lit, avec une bonne dose de violons qui font dégouliner les sanglots.

Depuis hier, et là encore, tout de suite, ma catharsis s’appelle « A Shifting Lightness ». Elle est signée du jeune compositeur Levi Patel, et arrive tout droit de Nouvelle Zélande. Pour l’écrire, Levi Patel s’est isolé pendant dix-huit mois dans une petite ville côtière du nord de l’île. Et de cet isolement solitaire est né une beauté musicale introspective, délicate et apaisée. Lire la suite

AKIRA KOSEMURA Love Is About Daily Leaps

A l’heure où un sale virus est entrain de semer la zizanie de par le monde, et de cloîtrer chez elle et terrifier la petite chose sensible à la santé fragile que je suis, je me dis qu’il faut, plus que jamais, essayer de s’évader dans sa tête en douceur.

Et la musique du talentueux Akira Kosemura est parfaite pour ça.

C’est à Los Angeles, dans les années 90, que se tient la série américaine « Love Is__ ». Diffusée pour la première fois en 2018, elle met en scène deux personnages évoluant dans des univers que tout oppose, mais qui tentent de poursuivre leurs rêves en écoutant leurs coeurs. J’ai beau me dire qu’être en couple n’est pas une fin en soi, qu’y a-t-il de plus magique et de plus beau, dans ce monde souvent incompréhensible, dur et fou qui est le nôtre, que de tomber amoureux ? Le compositeur japonais l’a bien compris et, de piano minimaliste en beautés orchestrales, il le traduit mieux qu’aucun autre dans la somptueuse bande originale qu’il a écrite pour cette fiction inspirée de la vie de Mara Brock Akil et Salim Akil, les deux producteurs de la série.

J’ai trouvé au coeur de celle-ci la douceur parfaite pour s’évader de la grisaille et de l’angoisse de ce mois de mars, et j’espère que vous l’aimerez autant que je l’aime.

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JORDANE TUMARINSON Petites Histoires De Mon Enfance

Un nouvel album de piano minimaliste et délicat est arrivé il y a quelques mois dans ma boîte à lettres par les bons soins du pianiste français Jordane Tumarinson. Il s’appelle « Petites histoires de mon enfance » et vient tout juste de paraître chez 1631 Recordings. Tendre, candide et sensible, il porte à merveille son nom, et je vous le recommande. Lire la suite

TRISTAN ECKERSON Decades

Trop sensible, trop émotive, trop discrète aussi. Trop trop trop. Toujours trop. Jamais comme il faut.

Etre sensible, être émotive, être discrète, oui. Mais gare à vous si vous l’êtes trop. Ou quand ces qualités que l’on pense avoir deviennent, dans le regard réprobateur des autres, de vilains défauts.

Moi, j’aime être sensible, j’aime être émotive, j’aime être discrète. J’ai eu beau vouloir me forcer à plus d’exubérance, d’imperméabilité et d’indifférence, c’est ainsi que je suis faite. Le suis-je trop ? Sans doute. Mais j’ai fini par l’accepter. Ça et tous les désagréments qui en découlent indéniablement.

Alors oui, quand j’ai écouté le nouvel album de Tristan Eckerson, j’ai pleuré. J’ai eu beau vouloir me mettre dans la peau d’une chroniqueuse sérieuse qui, quand elle écoute pour la première fois un disque qu’on lui demande de chroniquer, doit faire preuve d’un sens critique impartial et aiguisé, j’ai pleuré quand même. Parce que je suis comme ça. Je pleure quand quelque chose, à un instant précis, me touche et résonne en moi, d’une manière ou d’une autre. Et le minimaliste et délicat « Decades » de ce jeune pianiste américain m’a immédiatement touchée. Lire la suite

PER STORBY JUTBRING The Thief Bunny Society

Après une longue interruption, associée à une réflexion sur l’intérêt ou non de son existence, la rubrique dite de « La douceur du mois » est de retour chez Totoromoon. Parce que, parmi vous, nombreux sont ceux qui m’ont fait part de leur goût pour cette rubrique, qui se concentre sur une pièce de musique particulière, et qui remet parfois en lumière des pièces anciennes ou oubliées. Mais aussi parce que, dans le monde de plus en plus fou qui est le nôtre, je me dis que, plus que jamais, c’est de douceur et d’amour dont nous avons besoin.

La pièce que j’ai choisie pour ouvrir cette nouvelle année de douceur est une ode à l’enfance. L’enfance et ses mystères inexplicables, l’enfance et son imaginaire, l’enfance et sa magie. Extraite de « The Thief Bunny Society », bel album auquel elle a donné son nom, elle est née du talentueux compositeur, producteur et multi-instrumentiste suédois Per Störby Jutbring. Une nouvelle merveille néo-classique magnifiquement orchestrée, à savourer pour voyager les yeux fermés. Lire la suite

HANIA RANI Esja

A 20 ans, j’apprenais que j’avais une maladie du coeur. A 40 ans, il y a quelques semaines, j’apprenais que j’avais une maladie du cerveau aussi. D’abord il y a l’inquiétude. Puis la colère et la rage. Puis la tristesse. Et enfin, la résilience. Telle est la vie. Une lutte incessante. Mais je l’aime malgré tout.

Souvent, je m’épuise à faire en sorte que le monde autour de moi soit tel que je le rêve. Souvent, je m’épuise à vouloir oublier les blessures. Souvent, je m’épuise à sourire pour cacher le noir tout au fond. Mais du fond des jours sombres et des nuits tristes, il est toujours un horizon où point la lumière. Il est là même quand, de mon coeur en morceaux et de mes yeux noirs, je ne le perçois plus. Et la musique finit toujours par m’aider à me le rappeler.

Après plusieurs semaines à regarder le plafond dans mon lit, sans être capable de faire autre chose que de laisser mon corps s’adapter aux traitements, j’ai décidé de reprendre la plume. Ce matin, je ne regarde plus le plafond, mais le ciel par la fenêtre de mon nouveau petit nid sur les toits de l’Opéra Bastille. J’ai coupé mes longs cheveux. J’écris en pyjama. Mais je suis là. Vivante et reconnaissante de l’être.

Hania Rani partage sa vie entre Varsovie et Berlin. Après de nombreuses et prestigieuses collaborations, la jeune artiste a donné le jour il y a quelques mois à son premier album de piano solo. Un album personnel et épuré, dans lequel elle confie se livrer tout entière. C’est avec lui que sa musique est entrée dans ma vie. Ses notes de piano délicates, sans aucun artifice, mues simplement d’une éblouissante sensibilité, m’ont accompagnée le longs de ces jours sombres et de ces nuits tristes, et m’ont aidée mieux qu’aucunes autres à retrouver le chemin de la lumière.   Lire la suite

ED CARLSEN Entangled

Pendant deux ans, entre sa Sardaigne d’origine et sa Pologne d’adoption, Ed Carlsen a écrit, enregistré et produit « Morning Hour », son troisième opus. C’est dans ce nouvel album, où le compositeur repousse avec talent la frontière des genres, que j’ai trouvé la douceur parfaite de ce mois d’octobre. Entangled, nichée au creux du sensible et audacieux « Morning Hour », est une nouvelle beauté issue du mariage de la musique classique et de la musique électronique, telle que le compositeur italien en a le secret. Lire la suite