LAAKE « O »

Marcher lentement dans la nuit. Arpenter, seul, les rues désertes. Ecouter chaque pas posé sur le bitume. Sentir l’air frais sur son visage. Ouvrir grand les yeux. S’imprégner des détails de la ville. Avoir l’impression de tout découvrir, comme si c’était la première fois.

Se trouver à l’extérieur. Après s’être cherché à l’intérieur. Le regard et l’âme changés.

C’est ce qui m’est arrivé cette nuit. Alors que j’étais sortie faire quelques pas dans l’obscurité d’un Paris désert. Aussi seule à l’extérieur qu’à l’intérieur. Mais plus vivante que jamais.

Il est un disque qui ne cessera de me rappeler cette nuit. Il s’appelle « O », « O » comme « Orchestraa », et il est signé LAAKE. Il est le premier que j’ai eu envie d’écouter après avoir longuement erré dans ces rues vides. Cette errance et ce vide qui, paradoxalement, sont venu m’emplir d’une plénitude qui m’était jusqu’alors inconnue. Signant le plus beau renouveau qui ne m’ait jamais été donné à moi-même.

Derrière LAAKE se cache Raphaël Beau, un jeune artiste autodidacte et virtuose qui, dans son premier album, marie la musique classique et la musique électronique avec plus d’audace et de ferveur qu’aucun autre. Après deux EP prometteurs, LAAKE vient de donner naissance à « O ». En faisant de l’obscurité sa couleur, « O » réconcilie avec brio l’intérieur et l’extérieur. Il est le compagnon parfait des nuits de renouveau. Lire la suite

LEVI PATEL A Shifting Lightness

Entre les tonitruances de voix et de guitares qui font sortir la rage et hurler, et les douceurs mélancoliques délicates qui font pleurer, ces jours-ci, mon coeur balance. Deux formes de catharsis. Différentes. Complémentaires. Parfaites, chacune à leur manière.

A l’heure où j’écris ces lignes, terrée depuis maintenant 6 jours dans mon petit studio parisien, terrifiée à l’idée de mettre le nez dehors et d’ajouter un nouveau paragraphe à mon historique médical déjà plus que chargé, la tendance est plutôt à la larme à l’oeil. Hier, j’apprenais qu’un membre très cher de ma famille présentait plusieurs symptômes de cette saleté de virus. D’abord, la rage. Du bon post metal à fond dans mon appartement, avec une bonne grosse voix en colère qui sort ses tripes sur mon tapis. Ensuite, l’inquiétude et les prières silencieuses. Du néo-classique au casque au fond de mon lit, avec une bonne dose de violons qui font dégouliner les sanglots.

Depuis hier, et là encore, tout de suite, ma catharsis s’appelle « A Shifting Lightness ». Elle est signée du jeune compositeur Levi Patel, et arrive tout droit de Nouvelle Zélande. Pour l’écrire, Levi Patel s’est isolé pendant dix-huit mois dans une petite ville côtière du nord de l’île. Et de cet isolement solitaire est né une beauté musicale introspective, délicate et apaisée. Lire la suite

JORDANE TUMARINSON Petites Histoires De Mon Enfance

Un nouvel album de piano minimaliste et délicat est arrivé il y a quelques mois dans ma boîte à lettres par les bons soins du pianiste français Jordane Tumarinson. Il s’appelle « Petites histoires de mon enfance » et vient tout juste de paraître chez 1631 Recordings. Tendre, candide et sensible, il porte à merveille son nom, et je vous le recommande. Lire la suite

TRISTAN ECKERSON Decades

Trop sensible, trop émotive, trop discrète aussi. Trop trop trop. Toujours trop. Jamais comme il faut.

Etre sensible, être émotive, être discrète, oui. Mais gare à vous si vous l’êtes trop. Ou quand ces qualités que l’on pense avoir deviennent, dans le regard réprobateur des autres, de vilains défauts.

Moi, j’aime être sensible, j’aime être émotive, j’aime être discrète. J’ai eu beau vouloir me forcer à plus d’exubérance, d’imperméabilité et d’indifférence, c’est ainsi que je suis faite. Le suis-je trop ? Sans doute. Mais j’ai fini par l’accepter. Ça et tous les désagréments qui en découlent indéniablement.

Alors oui, quand j’ai écouté le nouvel album de Tristan Eckerson, j’ai pleuré. J’ai eu beau vouloir me mettre dans la peau d’une chroniqueuse sérieuse qui, quand elle écoute pour la première fois un disque qu’on lui demande de chroniquer, doit faire preuve d’un sens critique impartial et aiguisé, j’ai pleuré quand même. Parce que je suis comme ça. Je pleure quand quelque chose, à un instant précis, me touche et résonne en moi, d’une manière ou d’une autre. Et le minimaliste et délicat « Decades » de ce jeune pianiste américain m’a immédiatement touchée. Lire la suite

HANIA RANI Esja

A 20 ans, j’apprenais que j’avais une maladie du coeur. A 40 ans, il y a quelques semaines, j’apprenais que j’avais une maladie du cerveau aussi. D’abord il y a l’inquiétude. Puis la colère et la rage. Puis la tristesse. Et enfin, la résilience. Telle est la vie. Une lutte incessante. Mais je l’aime malgré tout.

Souvent, je m’épuise à faire en sorte que le monde autour de moi soit tel que je le rêve. Souvent, je m’épuise à vouloir oublier les blessures. Souvent, je m’épuise à sourire pour cacher le noir tout au fond. Mais du fond des jours sombres et des nuits tristes, il est toujours un horizon où point la lumière. Il est là même quand, de mon coeur en morceaux et de mes yeux noirs, je ne le perçois plus. Et la musique finit toujours par m’aider à me le rappeler.

Après plusieurs semaines à regarder le plafond dans mon lit, sans être capable de faire autre chose que de laisser mon corps s’adapter aux traitements, j’ai décidé de reprendre la plume. Ce matin, je ne regarde plus le plafond, mais le ciel par la fenêtre de mon nouveau petit nid sur les toits de l’Opéra Bastille. J’ai coupé mes longs cheveux. J’écris en pyjama. Mais je suis là. Vivante et reconnaissante de l’être.

Hania Rani partage sa vie entre Varsovie et Berlin. Après de nombreuses et prestigieuses collaborations, la jeune artiste a donné le jour il y a quelques mois à son premier album de piano solo. Un album personnel et épuré, dans lequel elle confie se livrer tout entière. C’est avec lui que sa musique est entrée dans ma vie. Ses notes de piano délicates, sans aucun artifice, mues simplement d’une éblouissante sensibilité, m’ont accompagnée le longs de ces jours sombres et de ces nuits tristes, et m’ont aidée mieux qu’aucunes autres à retrouver le chemin de la lumière.   Lire la suite

ED CARLSEN Entangled

Pendant deux ans, entre sa Sardaigne d’origine et sa Pologne d’adoption, Ed Carlsen a écrit, enregistré et produit « Morning Hour », son troisième opus. C’est dans ce nouvel album, où le compositeur repousse avec talent la frontière des genres, que j’ai trouvé la douceur parfaite de ce mois d’octobre. Entangled, nichée au creux du sensible et audacieux « Morning Hour », est une nouvelle beauté issue du mariage de la musique classique et de la musique électronique, telle que le compositeur italien en a le secret. Lire la suite

NINA KEITH Maranasati 19111

« Elle peignait ses cheveux d’or et j’aurais dit
Qu’elle martyrisait à plaisir sa mémoire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir
A ranimer les fleurs sans fin de l’incendie
Sans dire ce qu’une autre à sa place aurait dit »

– Louis Aragon, Elsa au miroir.

Plonger au coeur de la mémoire. Déconstruire. Reconstruire.

Regarder l’enfance les yeux rivés à son miroir. Ranimer les souvenirs.

Rallumer l’incendie.

Tel est le souhait de Nina Keith dans « Maranasati 19111 », sa première oeuvre. Ici, l’artiste transgenre de Philadelphie explore des souvenirs faits d’espoirs et de tragédies. Elle les décompose en silence, pour mieux les recomposer ensuite, en musique. Un piano, une flûte, des voix, un synthétiseur et un magnétophone se joignent ainsi à la danse de la mémoire pour leur donner vie. Lire la suite

DAIGO HANADA Ouka

Durant l’hiver 2017, je vous parlais de « Ichiru », premier album de Daigo Hanada. Cet été, le compositeur japonais est de retour avec un nouvel EP. « Ouka » dévoile sept compositions intimes et raffinées, où les feutres du piano sont rois. En simplicité, en délicatesse et en beauté, un très bel opus à découvrir. Lire la suite

TOM ADAMS Particles

Compositeur et producteur de renom vivant à Berlin, Tom Adams dit de cet album qu’il est arrivé par accident. C’était il y a cinq ans. Il travaillait à temps partiel, et passait le reste du temps à voyager pour donner des concerts. De retour à la maison, il se détendait en improvisant sur son piano, jouant ce qui lui venait à l’esprit sans penser à la cohérence et au style. Toutes les parties de piano, mais aussi les synthétiseurs, percussions, enregistrements vocaux et arrangements électroniques ont été capturés à cette époque en une seule prise, avec toutes les imperfections laissées en place. En plus de sa délicatesse première, il est ainsi quelque chose d’authentique, sensible et spontané qui rayonne dans cet album, le rendant immédiatement irrésistible. Une nouvelle beauté signée Moderna Records, à découvrir absolument. Lire la suite

RICHARD LUKE Everything A Reason

Le 13 avril 2018, Richard Luke était à l’honneur dans ma chronique « douceur du mois », choisie chaque mois pour vous, ici. Le 13 avril 2019, Richard Luke est de retour, et signe une nouvelle beauté d’album néo-classique, que j’ai de nouveau choisi de mettre à l’honneur. J’y ai une fois de plus trouvé la douceur parfaite de ce printemps, et j’espère qu’elle vous plaira comme elle m’a plu. Lire la suite