MØN Sikfor Harenstrüp in 326 Øllegårt

Parmi les sentences qui m’insupportent dans la musique, il y a le fameux « C’était mieux avant », répété à qui mieux mieux sans écouter vraiment ce qui se fait de nouveau. Mais de nos jours, il y a un phénomène qui m’insupporte encore plus. Celui qui consiste à nier la temporalité des choses, et à attaquer des groupes pour leur manque d’originalité, en considérant ce qui s’est fait après eux, et en oubliant totalement qu’ils en étaient les précurseurs, et qu’une bonne partie de ce qui s’est fait après eux, justement, découle de leur créativité originelle. Qu’on me targue de vieille ronchonne. Même pas peur. J’observe ce phénomène de plus en plus souvent, il m’insupporte donc de plus en plus souvent.

Avais-je besoin d’une telle introduction pour justifier une chronique sur un album vieux de dix ans ? Non. Mais j’ai trouvé utile de le faire. Parce que oui, « Sikfor Harenstrüp in 326 Øllegårt », des Français de MØN, est paru il y a dix ans. Parce que oui, il est à la croisée des chemins, s’inspirant des sonorités de ses aînés du post-rock montréalais, tels que Silver Mt Zion et Bell Orchestre, et en créant de nouvelles, relativement inédites en France à cette époque, et qui en ont influencé d’autres après lui. Pour moi, cet album, à la croisée de l’ancien et du nouveau, riche d’une beauté qu’il ne doit qu’à lui seul, demeure d’un éclat intemporel remarquable. Et si MØN, qui entame dans quelques semaines sa tournée d’adieu, est voué à s’éteindre, sa musique, elle, ne s’éteindra pas. Et c’est tant mieux. Lire la suite

ALMØST SILENT Swamp Tales

« Pour vivre heureux vivons cachés », telle est la morale célèbre de cette fable du XVIIIe siècle dans laquelle un papillon périt entre les mains de jeunes enfants, juste après avoir volé devant eux. Telle est aussi l’une de mes devises, et celle de l’artiste français soigneusement caché derrière Almøst Silent. Un artiste qui ne souhaite se dévoiler qu’à travers sa musique, celle-ci se révélant comme partie intégrante de son identité. En novembre dernier, Almøst Silent dévoilait « Swamp Tales », recueil de quatorze morceaux qu’il a lui-même composés, joués, enregistrés, mixés et produits, et pour lesquels il est même allé jusqu’à réaliser l’artwork. Un one man band à la fois riche, authentique et habité, comme je les aime. Lire la suite

YAKHCHAL Asterism

La glacière de Saint-Gilles, tel est le lieu de répétition du trio de post-rockeurs belges Yakhchal. Le nom farsi d’une ancienne glacière persane ressemblant à un temple sacré, telle est la signification du mot Yakhchal. Et c’est ainsi que la boucle se boucla et le nom s’expliqua. Il y a quelques mois, Yakhchal donnait le jour à son deuxième EP, « Asterism ». Un petit disque instrumental de post-rock aérien et ciselé à souhait. Lire la suite

GLORIES Distant After

Il y a deux ans, je vous parlais de Glories, collectif américain né en 2011 en Alabama. En 2017, le groupe évoluant alors sous forme de quatuor donnait naissance à son troisième album (ma chronique de « There Is No Stillness » à retrouver ici). Cette même année, peu après la sortie du disque, Glories perdait tragiquement son guitariste et fondateur, Zach Cooner. « Distant After », paru la semaine dernière, lui rend hommage. Premier album du groupe à voir le jour après ce décès, il peint, sans paroles, le chagrin et la mélancolie mieux qu’aucun autre. Lire la suite

WHEN WAVES COLLAPSE Movements I

Il aime la science autant que la musique. L’étude des galaxies et l’observation des étoiles. Le post-rock, l’ambient, le shoegaze et le post-metal. Il s’appelle Travis J. Wiltshire. Il est un jeune compositeur et multi-instrumentiste résidant aux Pays-Bas. De son projet, baptisé When Waves Collapse, est né il y a quelques mois le premier volet d’un opus en deux parties, « Movements ». Un petit EP instrumental tout en reliefs stellaires et en mélodies solaires. Lire la suite

OGINO Lueurs

Au printemps dernier paraissait « Lueurs », deuxième album d’Ogino. Après avoir à de nombreuses occasions partagé la scène avec des groupes de renom tels Papier Tigre, Pneu, Rien ou encore La Terre Tremble, le trio clermontois prépare à présent la sortie de cet opus au format vinyle. Un opus de math rock instrumental dynamique et aux sonorités très organiques, parfait pour illuminer les jours de pluie. Lire la suite

CODES IN THE CLOUDS Codes In The Clouds

J’ai commencé à travailler à 19 ans, à temps partiel pendant mes études, dans une petite maison d’édition, puis à temps plein, comme bibliothécaire, depuis quinze ans. Mais cet automne, pour raisons de santé, j’ai dû arrêter temporairement toutes mes activités. Aujourd’hui, cela fait plus de deux mois que je ne travaille plus. Et c’est la première fois. La première fois que je ne travaille plus pendant aussi longtemps. Récemment, un ami me demandait si je ne m’ennuyais pas, à être chez moi sans travailler depuis si longtemps. Mais non, je ne m’ennuie pas. Pas une seconde. Ce qui m’ennuie, c’est la maladie. C’est sentir mon corps m’échapper. Mais, dans nos sociétés où tout va de plus en plus vite, trop vite, où on nous demande sans cesse de raccourcir les délais, il est bon, parfois, de s’autoriser à prendre son temps. Et les longues heures que j’ai dû passer à regarder le plafond dans mon lit, pour laisser mon corps s’adapter aux traitements, me l’ont rappelé. Cesser de s’agiter dans tous les sens. Arrêter de se précipiter. Arrêter d’avoir le tournis. Se reconnecter à soi. Doucement.

Il est ainsi des disques dont la maturation est si longue que l’on désespère de savoir s’ils verront le jour… un jour. Le troisième album des Anglais de Codes In The Clouds est de ceux-là. Ecrit puis enregistré entre 2012 et 2015, il aura fallu patienter plus de trois années supplémentaires pour le voir paraître chez Hobbledehoy Records. Mais il est la preuve que prendre le temps de laisser mûrir les choses n’est jamais vain. Que la patience a toujours du bon. Car il est un enchantement à savourer. Doucement. Lire la suite

OISEAUX-TEMPETE From Somewhere Invisible

J’avais quitté Oiseaux-Tempête après son premier album. Fascinée par « Oiseaux-Tempête » premier du nom et les concerts qui avaient accompagné sa sortie, je l’avais beaucoup moins été par les albums suivants. Et puis, il y a quelques mois, arrivait dans ma boîte à lettres « From Somewhere Invisible », quatrième album studio du groupe. Peut-être était-ce le moment de cette soirée où mon esprit cherchait à épancher une mélancolie trop prégnante ? Peut-être était-ce le contexte de ma vie trouble et troublée à cet instant ? Mais la première écoute de « From Somewhere Invisible », ce soir-là, m’a saisie aux entrailles. Ravissement sombre et parfait, elle a mis en mots et en notes l’état ineffable dans lequel je me trouvais, à ce moment précis. Lire la suite

PRAY FOR SOUND Waves

L’année dernière, je recevais dans ma boîte à lettres « Waiting Room », troisième album de Pray For Sound. Un opus instrumental en forme de renouveau, tout en douceur, en dépouillement et en délicatesse. Apaisement tendre et parfait au coeur de l’été. Cet hiver, le quatuor mené par Bruce Malley est de retour avec « Waves ». Un opus plus contrasté, oscillant entre délicatesse éthérée et rythmes délicieusement enlevés. Bijou de lumière parfait pour cette fin d’année. Lire la suite