MØN Sikfor Harenstrüp in 326 Øllegårt

Parmi les sentences qui m’insupportent dans la musique, il y a le fameux « C’était mieux avant », répété à qui mieux mieux sans écouter vraiment ce qui se fait de nouveau. Mais de nos jours, il y a un phénomène qui m’insupporte encore plus. Celui qui consiste à nier la temporalité des choses, et à attaquer des groupes pour leur manque d’originalité, en considérant ce qui s’est fait après eux, et en oubliant totalement qu’ils en étaient les précurseurs, et qu’une bonne partie de ce qui s’est fait après eux, justement, découle de leur créativité originelle. Qu’on me targue de vieille ronchonne. Même pas peur. J’observe ce phénomène de plus en plus souvent, il m’insupporte donc de plus en plus souvent.

Avais-je besoin d’une telle introduction pour justifier une chronique sur un album vieux de dix ans ? Non. Mais j’ai trouvé utile de le faire. Parce que oui, « Sikfor Harenstrüp in 326 Øllegårt », des Français de MØN, est paru il y a dix ans. Parce que oui, il est à la croisée des chemins, s’inspirant des sonorités de ses aînés du post-rock montréalais, tels que Silver Mt Zion et Bell Orchestre, et en créant de nouvelles, relativement inédites en France à cette époque, et qui en ont influencé d’autres après lui. Pour moi, cet album, à la croisée de l’ancien et du nouveau, riche d’une beauté qu’il ne doit qu’à lui seul, demeure d’un éclat intemporel remarquable. Et si MØN, qui entame dans quelques semaines sa tournée d’adieu, est voué à s’éteindre, sa musique, elle, ne s’éteindra pas. Et c’est tant mieux. Lire la suite