STAGHORN Corvus IV

Quand l’heure, grave, nous enjoint à réfléchir sur nous-mêmes, notre rapport aux autres et au monde. Quand le temps, suspendu, nous enjoint à retenir notre souffle en écrivant les scénarios de jours heureux. Quoi de mieux alors que se nourrir de musiques engagées, inspirantes et inspirées ?

Ode à la préservation de la nature et du monde, à la fois sensible et militante, telle est la musique de Staghorn. De celle qui puise son inspiration dans la recherche éperdue d’un accord entre l’art et l’éthique. De celle qui prend la forêt, poumon de la terre, comme sanctuaire.

Il y a quelques jours, le trio américain était de retour avec un nouvel opus. Si « Corvus IV », petite soeur de l’épique « Wormwood III » (dont ma chronique est à retrouver ici), est aussi inspirée que son aînée, elle est aussi plus sombre et plus terrible, mariant avec talent le meilleur d’un post-black metal féroce, et d’un post-rock éthéré. Un nouveau bijou en forme de symphonie moderne vibrante et habitée, signé d’une formation de musiciens qui demeure l’une des plus chères à mon coeur. Lire la suite

Totoromoon au Dunk! Festival 2019 – Jour 1

Ces 30, 31 mai et 1er juin 2019, se tenait en Belgique la 15e édition du Dunk! Festival. Cette année, j’étais pour la deuxième fois invitée à assister en tant que chroniqueuse au festival le plus légendaire de la scène post-rock.

Niché dans un cadre magnifique, au coeur d’une nature accueillante et que chacun prend soin de respecter, le Dunk! Festival est devenu en quelques années une légende pour tous les amoureux de post-rock et dérivés du genre. S’il l’est devenu, c’est non seulement pour les choix audacieux de sa programmation, mais aussi pour la qualité de son organisation, à la fois familiale et d’une qualité professionnelle irréprochable, et pour l’atmosphère unique qui se dégage de l’événement et des personnes qui le font, qu’il s’agisse de l’équipe organisatrice ou des festivaliers. Ce souci du détail incomparable, ces sourires chaleureux, cette convivialité, cette bienveillance à nulle autre pareille.

Pour cette édition 2019, le Dunk! Festival accueillait 39 groupes venus du monde entier, de la Belgique à l’Australie, en passant par Singapour, la Chine, le Chili, le Brésil, les Etats-Unis, le Canada, l’Italie, l’Espagne, la Roumanie, l’Allemagne, les Pays Bas ou encore l’Angleterre, la Finlande, la Suède et la France.

39 concerts bénéficiant d’une qualité de son exceptionnelle pour un festival et de jeux de lumière époustouflants, et alternant pendant trois jours sur deux très belles scènes, l’une dressée sous un grand chapiteau tout de parquet vêtu, l’autre en plein air, au coeur de la forêt, faisant s’élever la musique par-delà la cime d’arbres majestueux.

Je le disais déjà l’année dernière, et cette année le confirme, le Dunk! Festival est sans aucun doute le plus beau festival auquel il me soit donné d’assister. Lire la suite

STAGHORN Wormwood III

Paris, lundi soir.

Rentrer chez soi à pieds, en façonnant, éveillé, ses rêves de lendemains. Descendre le boulevard Saint-Michel, tourner à droite, boulevard Saint-Germain. Apercevoir une fumée jaune et épaisse se répandre au-dessus des toits. Voir de plus en plus de regards se lever vers le ciel. Continuer à marcher, commencer à s’inquiéter. Saisir peu à peu la stupeur dans les yeux des passants. Avancer sa tête entre deux immeubles. Voir jaillir les flammes. Discerner, dessous, la cathédrale. Sa cathédrale.

Voir Notre-Dame, sa bien-aimée, brûler sous ses yeux.

Sentir son coeur se serrer. Continuer à avancer, un pas chancelant derrière l’autre. Quai de la Tournelle, pont de Sully. Laisser passer les cortèges de sirènes. S’arrêter. Regarder, médusé, l’édifice s’embraser tout entier. La fumée s’épaissir, encore et encore. L’horizon se laisser inexorablement envahir. Le toit s’affaisser, puis la flèche, rougie par les flammes, s’effondrer. Sentir cette fois son coeur se fendre pour de bon.

Se souvenir de ses 16 ans et de son premier Noël de Parisienne, du grand sapin sur le parvis, des lumières dans la nuit. Puis de son entrée, bouche bée, dans la cathédrale. Se souvenir des orgues, des vitraux, des chants, des odeurs de cire et d’encens. Se souvenir de l’amour et des sourires des siens. Pleurer doucement.

Autour de soi, lire l’effroi sur les visages. Puis la tristesse. La tristesse infinie de ce lundi soir à Paris.

Se décider à finir le chemin jusqu’à chez soi, interdite et tremblante. Savourer les secondes de silence succédant aux cris des sirènes. Puis tenter de s’apaiser. Mettre un disque, pour noyer le tumulte et oublier un moment l’épouvante. Choisir « Wormwood III », des Américains de Staghorn, dont le concert à Paris approche, et sur les notes duquel on a depuis longtemps envie de poser des mots.

Un disque fait d’un seul morceau. Un morceau long et beau, divisé en quelques chapitres, tel est « Wormwood III », paru l’année dernière. 23 audacieuses minutes délicieusement intrigantes et immersives. Bijou de post-rock sensible et intense, ode à la préservation de la nature et du monde. Et apaisement parfait. Lire la suite