STAGHORN Corvus IV

Quand l’heure, grave, nous enjoint à réfléchir sur nous-mêmes, notre rapport aux autres et au monde. Quand le temps, suspendu, nous enjoint à retenir notre souffle en écrivant les scénarios de jours heureux. Quoi de mieux alors que se nourrir de musiques engagées, inspirantes et inspirées ?

Ode à la préservation de la nature et du monde, à la fois sensible et militante, telle est la musique de Staghorn. De celle qui puise son inspiration dans la recherche éperdue d’un accord entre l’art et l’éthique. De celle qui prend la forêt, poumon de la terre, comme sanctuaire.

Il y a quelques jours, le trio américain était de retour avec un nouvel opus. Si « Corvus IV », petite soeur de l’épique « Wormwood III » (dont ma chronique est à retrouver ici), est aussi inspirée que son aînée, elle est aussi plus sombre et plus terrible, mariant avec talent le meilleur d’un post-black metal féroce, et d’un post-rock éthéré. Un nouveau bijou en forme de symphonie moderne vibrante et habitée, signé d’une formation de musiciens qui demeure l’une des plus chères à mon coeur. Lire la suite

STAGHORN Wormwood III

Paris, lundi soir.

Rentrer chez soi à pieds, en façonnant, éveillé, ses rêves de lendemains. Descendre le boulevard Saint-Michel, tourner à droite, boulevard Saint-Germain. Apercevoir une fumée jaune et épaisse se répandre au-dessus des toits. Voir de plus en plus de regards se lever vers le ciel. Continuer à marcher, commencer à s’inquiéter. Saisir peu à peu la stupeur dans les yeux des passants. Avancer sa tête entre deux immeubles. Voir jaillir les flammes. Discerner, dessous, la cathédrale. Sa cathédrale.

Voir Notre-Dame, sa bien-aimée, brûler sous ses yeux.

Sentir son coeur se serrer. Continuer à avancer, un pas chancelant derrière l’autre. Quai de la Tournelle, pont de Sully. Laisser passer les cortèges de sirènes. S’arrêter. Regarder, médusé, l’édifice s’embraser tout entier. La fumée s’épaissir, encore et encore. L’horizon se laisser inexorablement envahir. Le toit s’affaisser, puis la flèche, rougie par les flammes, s’effondrer. Sentir cette fois son coeur se fendre pour de bon.

Se souvenir de ses 16 ans et de son premier Noël de Parisienne, du grand sapin sur le parvis, des lumières dans la nuit. Puis de son entrée, bouche bée, dans la cathédrale. Se souvenir des orgues, des vitraux, des chants, des odeurs de cire et d’encens. Se souvenir de l’amour et des sourires des siens. Pleurer doucement.

Autour de soi, lire l’effroi sur les visages. Puis la tristesse. La tristesse infinie de ce lundi soir à Paris.

Se décider à finir le chemin jusqu’à chez soi, interdite et tremblante. Savourer les secondes de silence succédant aux cris des sirènes. Puis tenter de s’apaiser. Mettre un disque, pour noyer le tumulte et oublier un moment l’épouvante. Choisir « Wormwood III », des Américains de Staghorn, dont le concert à Paris approche, et sur les notes duquel on a depuis longtemps envie de poser des mots.

Un disque fait d’un seul morceau. Un morceau long et beau, divisé en quelques chapitres, tel est « Wormwood III », paru l’année dernière. 23 audacieuses minutes délicieusement intrigantes et immersives. Bijou de post-rock sensible et intense, ode à la préservation de la nature et du monde. Et apaisement parfait. Lire la suite